Séance plénière des Techdays : « Sommes-nous encore utiles ? » share
back to to

Séance plénière des Techdays : « Sommes-nous encore utiles ? »

9 février 2012

RSLN est partenaire de la séance plénière du troisième jour des Techdays, organisés par Microsoft au Palais des congrès. Nous revenons pour vous sur les démonstrations présentées lors de cet événement.

« Sommes-nous encore utiles », le serons-nous encore, quand les machines seront douées d’intelligence et d’une conscience de soi ? Le titre de la conférence, un brin provocateur, est en fait un clin d’œil à l’article de Bill Joy, que nous avons déjà décortiqué par ici.

Sans avoir la prétention de prédire le futur, Bernard Ourghanlian, directeur technologie et sécurité de Microsoft France [NDRL : l’éditeur de RSLN], a convoqué sur la scène du Palais des congrès des invités utilisateurs ou à l’origine de nombreuses innovations. Que ce soit dans le domaine du transport, de l’éducation ou de la santé, des démonstrations en direct ont permis de tracer les grandes perspectives qui nous attendent en matière « d’agents intelligents ».

> Hommage et présage

Avant de regarder le futur de l’informatique, un petit détour historique s’impose.

C’est en grande partie grâce à Alan Turing, mathématicien britannique, dont on fête cette année le centenaire de la naissance, que le concept d’intelligence artificielle a commencé à se forger :

« Alan Turing est certainement, avec l’américain Shannon et le hongrois Von Neumann, l’un des pères fondateurs de l’informatique », expose Bernard Ourghanlian.

Dès les années 50, grâce à la formulation de son test, qu’aucun logiciel n’a encore passé avec succès, il matérialise le possible dépassement de l’homme par la machine.

Autre personnage visionnaire mais bien vivant, Ray Kurzweil, à l’origine de nombreuses innovations en matière de reconnaissance vocale, est surtout connu pour son éminent statut de « futurologue ».

Selon lui, « la convergence et le développement exponentiel des nouvelles technologies conduisent à l’émergence d’un monde complètement transformé. L’homme et les réseaux technologiques s’interpénétreront d’une façon qui reculera sans limites les frontières de la vie intelligente. »

Jusqu’à prédire le moment où les « intelligences artificielles » surpasseront les être humains, comme les formes les « plus capables » sur Terre.

Ce moment, il l’a baptisé la « Singularité ». Il date même l’arrivée de cette rupture : ce serait pour 2045. Visionnaire, il estime cependant « peu probable » que les machines nous exterminent, car à cette échéance, il est fort probable que l’être humain lui-même aura fusionné pour partie avec celles-ci. Une sorte d’humain-symbiote en somme, hôte d’une technologie de pointe…

> Vers l’avènement des « agents conversationnels » ?

Avant d’en arriver là, les machines ont encore un bout de chemin à parcourir, mais elles progressent. Les agents conversationnels par exemple, ces logiciels censés dialoguer de façon naturelle avec un utilisateur, s’avèrent de plus en plus perfectionnés.

« Avec la généralisation de l’informatique mobile et du Cloud il devient possible d’imaginer d’utiliser des smartphones comme agents conversationnels, le Cloud assurant l’intelligence du dialogue », pronostique Bernard Ourghanlian.

Cette possibilité est déjà une réalité pour le premier invité de la session, Grégory Renard. Le président et fondateur de xBrainSoft, travaille en effet depuis plusieurs années sur ce sujet. Les recherches de ses équipes ont abouti à Angie, un véritable assistant personnel à commandes vocales.

« Angie est déjà disponible sur le marketplace du Windows Phone. Ce ‘petit ange’ a été conçu pour vous faire gagner du temps », explique son créateur.


En live, le logiciel, qui va chercher l’information grâce au Cloud, a été capable de traduire une phrase en japonais, rappeler les anniversaires de ses proches, donner les prix de l’essence dans le quartier et a indiqué à Grégory Renard différents trajets pour rentrer chez lui.

Si sa marge de progression est encore importante, le kit de développement a été ouvert aux curieux qui aimeraient développer leur propre agent conversationnel

> Une voiture à portée de smartphone

S’il y a d’ores et déjà un domaine frappé par la révolution des machines intelligentes, c’est bien celui des transports. Les STI (Systèmes de Transports Intelligents) ont des objectifs ambitieux, comme améliorer la sécurité sur la route et l’efficacité des transports public, ou encore maîtriser les consommations d’énergies polluantes.

Pour en parler sur scène, Vincent Pilloy, de la société Vu Log, qui propose un nouveau système de location de véhicules électriques.

« L’idée, c’est de proposer aux utilisateurs une voiture en location à moins de 300 mètres, afin de faciliter les trajets quotidiens », affirme-t-il.

 

Les automobilistes peuvent ainsi trouver une voiture à proximité grâce à leur téléphone, payer la location avec, et se diriger grâce au système de navigation disponible à bord. Une fois utilisée, la voiture attendra le client suivant, là où on l’a garée.

Une façon d’associer l’automobile comme un moyen de transport complémentaire avec les autres, pour s’intégrer au mieux dans les nouveaux schémas de la ville numérique.

> Le numérique au service de la conservation des patrimoines

Le numérique peut-il aider à transmettre les savoirs ? Si la conservation en l’état de notre patrimoine culturel et historique est une course vaine, il existe néanmoins des moyens de sauvegarder une trace de ces découvertes.

Hélène Dessales, archéologue et maître de conférences à l’Ecole normale supérieure, a par exemple travaillé sur un projet de maquette virtuelle de la ville de Pompéï, en partenariat avec de nombreux acteurs (l’Inria, Microsoft Research, le CNRS, l’ENS). Depuis que la cité a été exhumée de ses cendres il y a deux-cents cinquante ans, des murs entiers de mosaïque ont déjà disparu.

Exemple d’une peinture perdue et pourtant reconstituée grâce au projet d’Hélène Dessales

Grâce à cette « maquette augmentée », il s’agit non seulement de modéliser la ville telle qu’elle est aujourd’hui, mais encore de faire revivre le patrimoine déjà perdu :

« Notre projet était vraiment de réunir l’état actuel de la ville avec l’état qu’on ne peut plus voir, pour ressuciter en un même endroit son patrimoine », explicite Hélène Dessales.

Grâce à un corpus de fonds européens d’archives, l’équipe d’archéologues et de scientifiques a pu « caler » toutes ces images dans cette maquette virtuelle, et recréer un Pompéï éternel

> Un robot aide-soignant

Dans le dernier thème abordé, la santé, deux innovations majeures ont été présentées sur scène : des lentilles de contact bioniques, une invention révolutionnaire déjà traitée dans nos colonnes, et un robot destiné à faciliter la vie des personnes âgées.

La société Robosoft a anticipé le déficit prochain d’auxiliaires de vie, face au vieillissement massif de la population, en créant « Kompaï ».

« Il y a deux types de services de santé que l’on peut rendre : physique et cognitif. Si on est encore incapable de répondre au premier, le second est un objectif en revanche déjà possible » détaille sur scène Vincent Dupourque, PDG de Robosoft.

 

Ce petit compagnon peut, grâce à une interface vocale et tactile simplifiée à l’extrême, assister les personnes âgées ou malades dans leur vie quotidienne : les aider à faire une liste de course, leur indiquer l’heure, la météo, et surtout, donner l’alerte au médecin en cas de malaise.

« Attention, Kompaï ne peut être qu’un maillon au sein de la chaîne des soins prise en charge par les humains », précise Vincent Dupourque.

Une manière de dire que, jusqu’à présent, les machines doivent être pensées au service de l’homme et de ses besoins.

Alors, « sommes-nous encore utiles » ?

On l’a vu, si ces agents intelligents le sont de plus en plus, ils sont encore loin d’être des « agents autonomes ». De quoi démentir, encore un temps, les prédictions de Ray Kurzweil…

Chaque semaine,
recevez les immanquables
par email