Trois questions à… Jean-Michel Fourgous

8 mars 2008

Quelles expériences avez-vous mises en place à Élancourt ?

Nous avons fait fabriquer par des chercheurs un logiciel pédagogique, Mémosaure, qui stimule les fonctions cognitives et enseigne aux élèves les procédés mnémotechniques. Nous avons également installé des tableaux numériques interactifs (TNI, écran interactif relié à un ordinateur) et des classes mobiles (petits chariots avec des ordinateurs wifi que l’on s’échange d’une classe à l’autre), mis en place des ENT (environnement numérique de travail, outil collaboratif sous la forme d’un portail web mettant en contact parents, élèves et enseignants, et proposant infos et services sur l’école) et instauré les cours d´anglais par visioconférence. On s´était rendu compte que les enseignants du primaire n´étaient pas très à l´aise avec l´anglais. Alors on s´est dit : pourquoi ne pas avoir un professeur de Washington, Toronto ou Brighton qui dialoguerait en direct avec les élèves ? Nous avons aussi testé d´autres choses, comme le fait d´avoir une retranscription automatique au tableau des paroles du professeur pour permettre aux élèves de mieux suivre. Les pistes sont innombrables, mais on ne peut pas tout faire. Nous avons donc choisi de nous concentrer sur un petit nombre de projets, pour prendre le temps de les mener à bien et, surtout, de les évaluer.

Quel bilan peut-on déjà dresser de ces actions ?

Il est extrêmement positif. Les TICE démultiplient et intensifient les stimuli pédagogiques. Avec le TNI, l´enseignant va faire un cours beaucoup plus riche et ludique. Il va échanger davantage avec ses collègues pour améliorer ses supports de cours. En face, l´enfant est plus impliqué, plus motivé. Or on sait qu´il existe un lien direct entre la motivation et la performance de l´élève. L´utilisation du logiciel pédagogique est très intéressante dans le travail avec les enfants en difficulté scolaire. Le logiciel, sans se substituer à l´enseignant dont il n´est que le complément, s´adapte au rythme de l´élève et joue sur les « renforcements positifs », c´est-à-dire la valorisation des progrès individuels. Cela a beaucoup d´impact sur l´enfant qui a décroché, et qui est souvent inconsciemment mis à distance par le professeur. Pour les élèves issus de milieux socioculturels moins favorisés, le logiciel peut aussi être très utile, car il est moins impressionnant que le maître dont ils ont parfois un peu peur parce qu´il véhicule une culture bourgeoise avec une richesse de vocabulaire… D´ailleurs, c´est assez extraordinaire, quand on entre dans cette classe de trente élèves, au bout d´une heure de Mémosaure, on entend une mouche voler. Croyez-moi, ça n´arrive pas souvent !

Plus généralement, comment voyez-vous l’avenir ?

L´Éducation nationale est face à une véritable révolution culturelle. Un temps d´appropriation, de formation, va être nécessaire, il ne faut pas le négliger. En contrepartie, je pense que nous entrons dans une période de revalorisation du rôle des enseignants, ne serait-ce que parce qu´ils vont améliorer leurs résultats, donc la reconnaissance des enfants, des parents et des institutions !

Docteur en psychologie, ancien ingénieur CNRS à l´Éducation nationale et créateur d´une entreprise dans les nouvelles technologies, Jean-Michel Fourgous est député-maire d´Élancourt (Yvelines). Il y pilote depuis quatre ans le projet « École du futur », une série d´expériences audacieuses d´intégration des TIC dans les pratiques éducatives.

Photo : AFP, liberation.fr

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