Twitter à l'école, ça sert à quoi ?

12 mai 2010

Attention, scoop : Twitter et le monde de l’éducation peuvent faire bon ménage. Une main sur le micro, l’autre sur le clavier, et le regard fermement rivé à sa « timeline » Twitter projetée derrière elle, voilà le message plutôt inattendu délivré par Laurence Juin, enseignante d’histoire-géo et de français au lycée Pierre Doriole, à La Rochelle, à l’occasion d’un atelier du salon interTICE, mercredi 12 mai.

Dans la salle de classe improvisée qui tient lieu d’atelier, les visages des profs sont tantôt amusés, tantôt décontenancés. Mais une chose est sûre : l’expérience menée par Laurence Juin, qui détourne certains des usages de Twitter pour mieux utiliser le site avec un objectif pédagogique en tête, interpelle.

Née au début de l’année scolaire 2010, cette expérience a d’ailleurs attiré sur elle les projecteurs, au point d’être récompensée lors d’un Forum d’enseignants innovants organisé par Microsoft [éditeur de RSLNmag.fr] à Berlin, à la fin du mois de mars.

> La genèse

Tout débute lors d’une discussion avec une classe de bac pro de vingt-huit élèves, qu’elle suit déjà depuis une année, autour … de Facebook : « L’année dernière, des élèves m’ont spontanément demandé : venez sur Facebook. Je me suis dit pourquoi pas, j’ai tenté … mais j’ai très vite compris que l’on n’était pas "amis", en fait ! Je ne veux pas connaître tous les détails de la vie de mes élèves », raconte Laurence.

Résultat : à la rentrée, elle-même utilisatrice de Twitter, elle décide d’inviter ses élèves sur le site de micro-blogging : « Aucun ne connaissait, j’avoue, cela me donnaît une longueur d’avance sur eux … »

> Le principe

Mais attention : pas question de faire n’importe quoi, pour autant. Lorsqu’elle propose à ses élèves de se lancer dans l’expérience Twitter, Laurence Juin prend le soin de rédiger une charte avec eux – au préalable, proviseur et inspecteur ont évidemment donné leur accord.

Le principe est simple. Chaque élève créé un compte : utilisé dans le cadre de l’expérience scolaire celui-ci est quasiment un espace "professionnel". Le langage SMS y est proscrit, le nom des comptes, est assez formel. Tous sont ensuite incités à se suivre les uns les autres, pour ne pas passer à côté des messages postés par leurs camarades.

> Pendant les cours

La palette d’utilisation de Twitter en cours est assez large.

Concrètement, l’enseignante peut donnner des consignes à ses élèves :

Histoire/ Seq3/ Notions à chercher, à noter et à retenir: autocratie, démocratie, dictature et monarchieless than a minute ago via TweetDeck

Les élèves sont alors obligés d’y répondre : « On évite les élèves consommateurs : ils deviennent actifs, et n’ont d’autre choix que de participer », explique Laurence Juin.

Le principe de l’acquisition de l’information est capital, selon elle : « Une fois qu’une personne a donné la réponse à une question, par exemple, je veux que les élèves acquièrent cette information, la complètent, rebondissent…»

Mais gare à ceux qui se contenteraient d’utiliser Twitter comme un simple espace de commentaire, ou qui ne répondent pas aux consignes : ils peuvent se voir immédiatement rappelés à l’ordre :

@JoJoLav cesse de faire des commentaires sur les tweets des autres: c’est ton avis que je voudrais !less than a minute ago via TweetDeck

Petit point matériel : tous les élèves ne disposent pas forcément d’un ordinateur dans la salle de classe : sauf lorsqu’ils sont en groupe, il faut souvent faire avec « un ordinateur pour deux ». Résultat, dans une attitude assez inédite, Laurence Juin autorise les élèves à se servir de smartphones.

> Hors de la classe

Twitter hors les murs du collège n’est pas une obligation : tous les élèves n’ont pas internet à domicile. Mais il devient un complément à l’expérience menée.

Répondre à une sollicitation à la veille du rendu d’un devoir ou inciter à regarder un film sur Arte  : voilà quelques uns des usages développés par la classe de terminale, durant cette année 2010. Mais une année de bac pro est également marquée par des périodes de stage : l’utilisation de Twitter est alors encore renforcée.

A tel point que, petit à petit, Twitter est devenu, aux yeux de Laurence, « le territoire virtuel sur lequel ils peuvent se trouver.»

Un exemple ? L’usage que ses élèves ont spontanément fait de Twitter lors du passage de la tempête Xynthia sur le littoral atlantique, à la fin du mois de février 2010 :

 > Comptes publics ou privés ?

Les comptes des élèves sont publics, et peuvent donc être suivis par des personnes extérieures. « Cela s’est passé ainsi cette année, peut-être que ce ne sera pas le cas l’année prochaine. Ici, en l’occurence, je les ai aussitôt averti, sur le mode : "attention, on va nous-vous regarder .." . Et c’est précisément ce regard extérieur qui s’est révélé gratifiant pour des élèves pas forcément habitués à être mis en valeur … »

> Pour aller plus loin :

– Le blog de Laurence Juin

– Tous nos articles consacrés aux TICE

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