Un nouveau Bac « Humanités numériques »… et autres propositions pour une école créative share
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Un nouveau Bac "Humanités numériques"... et autres propositions pour une école créative

7 octobre 2014

Un mois après l’annonce par François Hollande « d’un grand plan numérique pour l’école » et une dizaine de jours après la promesse de Najat Vallaud-Belkacem d’équiper chaque collégien d’une tablette numérique d’ici 2016, les membres du Conseil National du Numérique ont voté à l’unanimité les recommandations du rapport Jules Ferry 3.0. Publié le 3 octobre, ce rapport est le fruit d’un travail d’équipe de 12 membres, chercheurs et professionnels de l’éducation qui ont compilé des études, évalué des projets en France comme à l’étranger et rencontré une centaine de personnalités du milieu éducatif. Le résultat : 8 propositions et 40 recommandations pour une école « plus créative et plus juste », et une approche globale du numérique à l’école qui débouche sur deux chantiers prioritaires : la redéfinition des enseignements et des modalités d’enseignement, et la recomposition du tissu éducatif.

Alors que la France est plutôt mauvais élève selon l’enquête PISA de l’OCDE qui évalue et compare les systèmes éducatifs de 65 pays – décrivant un système français qui renforce les inégalités au lieu de les atténuer, le rapport est le fruit d’une réflexion sur l’école à l’aune d’autres modèles (privés et étrangers) et d’autres administrations publiques. Les membres du CNNum se sont intéressés à la question : comment le numérique peut-il aider à combattre les inégalités ?

« La transformation de nos enseignements pour mieux préparer les jeunes au monde qui les attend (…) a été trop lente, il faut l’accélérer, estime le conseil : il faut profiter de nouveaux enseignements pour faire évoluer toute l’école. »

Le rapport définit également des priorités en matière d’enseignement : informatique et code, mais surtout une véritable culture numérique sont mis en avant dans le rapport. De fait, le CNNum appuie les mesures du gouvernement pour l’apprentissage de l’informatique tout au long de la scolarité ainsi qu’un enseignement dédié à la programmation au collège (qu’il préconise dès le primaire). Il recommande aussi la généralisation, dans toutes les filières du lycée, de l’option « informatique et science du numérique » actuellement réservée à la série S.

Le but : former des citoyens qui savent se positionner face à un océan d’information et les préparer aux métiers de demain. Il préconise également un enseignement en littératie informationnelle, c’est-à-dire une éducation aux médias et à l’information, et en humanités numériques : un programme à l’intersection des sciences humaines et sociales, des mathématiques et de l’informatique. Ces enseignements doivent être conçus en lien avec les autres disciplines et menés à travers des projets transdisciplinaires, comme par exemple des projets de publications et éditions web.

Concrètement ce sont quelques 3 500 postes supplémentaires pour le collège et 1 500 pour le lycée général et technologique, à recruter parmi les jeunes diplômés des filières informatiques et des professionnels qualifiés désireux de se tourner vers l’enseignement.

Le Bac Humanités Numériques : comment et pourquoi faire ?

Proposition phare, à la fois « symbole, catalyseur et banc d’essai » le Bac Humanités Numériques propose de développer des pratiques numériques mais également de réfléchir à leurs différents usages : au-delà des dimensions scientifiques et techniques, ce sont les dimensions économiques, artistiques, sociales et cultures du numérique qui seront explorées.

Le CNNum propose d’abord de l’associer comme une spécialité en terminale associée aux filières scientifique, littéraire ou économique et sociale, avant de créer un cursus « humanités numériques » à part entière. Une fois créé, « ce bac de l’individu créatif de la civilisation numérique [sera] par essence le plus général des bacs généraux, puisqu’il se positionne au croisement des sciences, lettres et sciences humaines et sociales en décloisonnant ces amis du savoir ».

C’est un Bac piloté par un projet pédagogique propre à chaque établissement que propose le CNNum, refusant d’enfermer enseignants et élèves dans un programme : « des objectifs généraux sont donnés et une grande liberté leur est laissée ». Deux ancrages locaux sont proposés dans le rapport : le premier dans les industries culturelles et créatives comme le web design, l’internet des objets, la conception ou l’impression 3D ; le second dans les industries du Big Data et des applications sociales dans les domaines des services, de la santé, de l’environnement notamment. 

Derrière le bac HN, l’enjeu est également d’enseigner différemment : usages de supports numériques (MOOCs), conduite de projets transdisciplinaires avec des entreprises ou des associations partenaires. Enfin, les élèves qui suivent ce cursus pourront rejoindre les filières « humanités numériques » à l’Université et les écoles d’ingénieurs, car il répond aux demandes grandissantes en profils croisés « commerce-ingénieur » et pluridisciplinaires. 

Un projet frappant par l’importance qu’il donne au numérique, mais qui manque encore d’audace, pour certains observateurs comme Joël Ronez : 

« Alors que le rapport plaide plusieurs fois pour considérer le numérique comme irrigant toutes les strates de la société et de l’éducation, cette proposition revient à la réduire à un segment thématique, entre langues, sciences de la vie et mathématique. (…) Le numérique n’est pas une matière, c’est un nouveau paradigme social, un changement profond de la culture et de l’économie. (…) Pourquoi le réduire à un cursus, au lieu de tous les coloniser ? Comment allons nous appeler les autres bacs, ceux qui ne sont pas numériques ? Les bacs analogiques ? »

Des écoles en tête de réseau pour du numérique à grande échelle

La transformation numérique ne concerne pas que la formation ou les contenus mais aussi comme le rappelle le CNNum, « les façons d’appendre, les compétences visées comme la capacité d’innover et l’esprit de projet ». Cela passe d’abord par l’écoute des professeurs et de leurs pratiques. Ceux-ci sont invités à s’inventer un nouveau rôle et à « co-designer » leur métier en y réfléchissant collectivement et en impliquant les parents dans le processus. Faire de l’école le cœur du réseau et l’ouvrir vers l’extérieur. Pour ce faire le rapport préconise la multiplication d' »éducalabs », qui rapprochent les établissements, leurs « usagers » (professeurs, élèves et parents d’élèves), le monde de l’industrie et de la recherche, associations, start-ups, pôles de compétitivité. Le but : la « recomposition du tissu éducatif « .

Le rapport part d’un triple constat : alors que les technologies numériques évoluent en permanence et demandent un apprentissage constant et récurrent, beaucoup de professeurs produisent des contenus variés grâce grâce au numérique et sur des supports variés, individuellement ou en équipe, en collaboration parfois avec les élèves. En parallèle, l’industrie de la formation a embrassé le tournant numérique en proposant non seulement des manuels numériques et interactifs mais aussi personnalisables : en 2014, selon le rapport, l’offre éditoriale compte près de 1 500 manuels numériques  et 2 000 ressources numériques de la maternelle au lycée. Le CNN préconise d’intégrer toutes ces pratiques et ces offres dans les processus de co-production des contenus. Comment ? En ouvrant le plus possible les environnements de travail numérique (ENT), notamment grâce à l’utilisation de licences ouvertes et l’assouplissement et l’élargissement de l’exception pédagogique pour asseoir la sécurité juridique des enseignants comme des élèves.

Des recommandations réfléchies et ambitieuses qui repensent en profondeur la transformation de l’école, au moment où le CNNum lance un vaste appel à contribution : une bonne base de travail pour les décisions à venir ?

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