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Une journée au BETT, le plus grand salon du numérique éducatif mondial

15 janvier 2010

C’est le genre d’événement qui, par sa taille, ferait passer la rencontre LeWeb de Loïc Le Meur pour l’aimable foire commerciale d’une sous-préfecture un peu perdue. Le salon BETT – pour British Education and Training Technology -, qui se tient depuis 26 ans à Londres mi-janvier, cultive la démesure : des kilomètres d’allées à arpenter, 700 exposants, et plus de 30.000 visiteurs, en quatre jours.

Il n’y a pas de secret : si les acteurs internationaux du numérique éducatif convergent ainsi vers la capitale britannique, c’est parce que le Royaume-Uni a quelques longueurs d’avance sur la question. Programmes « d’écoles innovantes », agence gouvernementale chargée de promouvoir les pratiques numériques, culture de l’expérimentation qui irrigue les allées du salon : à l’étranger, ces éléments font mouche, et expliquent la présence de délégués australiens, ouzbèques ou péruviens.

Au départ, l’ambiance peut surprendre le visiteur français. Le salon ne dissimule en rien l’aspect business du marché de l’éducation numérique : les visiteurs sont en majorité des professeurs ou des encadrants chargés des nouvelles technos ; ils sont courtisés en tant que clients ; et se comportent en tant que tels.

Mais résumer le salon à un très caricatural tandem zapping consumériste et pitchs commerciaux
, ce serait faire une croix sur l’un des aspects les plus stimulants d’un tel rassemblement : de stand en stand, on réfléchit à voix haute ; on débriefe des expérimentations ; on se raconte les erreurs à ne pas commettre. Bref, on échange autour de l’école de demain.

Renforcer le lien entre l’école et les parents

Prenez, par exemple, Christine Terrey, qui intervenait devant plusieurs enseignants sur le stand de l’agence gouvernementale chargée des technologies éducatives – le Becta. Directrice d’une crêche de 250 enfants à Newhaven, dans le sud-est de l’Angleterre, « dans un contexte social très défavorisé » selon elle, elle tente de mettre en place des activités liées au numérique permettant un renforcement des liens entre les parents d’élèves et la communauté éducative.

Principale iniative : dans sa crêche, chaque enfant est doté d’un notebook
simplifié à l’extrême. Outil de travail, évidemment, l’ordinateur se révèle également le plus efficace des carnets de liaison, assure Christine : « Nous notons dans un espace spécifique les progrès réalisés par les bambins, et nous invitons les parents à le consulter le plus fréquemment possible. Le jour où untel réussit à faire ses lacets, le jour où il devient propre, …: tout cela, chaque parent peut le savoir le jour même, et non plus une fois par trimestre. » Et selon elle, « avec leur notebook, les gamins ramènent un peu d’école à la maison, et réciproquement » : ainsi, les parents d’élèves se voient-t-ils proposer de participer, dans les murs de son établissement, à des activités autour de ces fameux notebooks : « Clairement, nous nous servons de l’ordinateur de l’enfant comme d’un prétexte pour faire venir les parents à l’école … et développer leurs compétences numériques.Vous savez, les parents de mes élèves sont souvent peu diplômés, ou carrément en rupture ! »

Ah oui, et n’espérez surtout pas la coincer en l’interrogeant sur le coût d’une telle opération : « Bien sûr, j’ai eu une aide, mais cela n’aurait pas suffi. Je suis surtout très fière d’avoir mis mes parents d’élèves dans le coup. Vous voyez, les kermesses et autres ? Eh bien on récolte 2.000 £ ainsi chaque année, cela finance un tiers environ du matériel nécessaire… »

Amener les ados à questionner leur pratique du web 2.0

Un peu plus loin, il y a encore Stuart Porter, responsable du développement du portail TrueTube.co.uk. Le site ressemble à n’importe quelle plateforme de partage vidéo, à quelques  différences près : « Tous le contenu est modéré a priori, et garanti à vocation 100% éducative. Surtout, la plateforme doit permettre d’engager le débat sur les manières dont ces digital native consomment et pratiquent le web 2.0 et le user generated content. » Au prétexte de créer et d’animer un portail de vidéos à vocation éducative produites à la fois par des élèves et des professionnels, TrueTube se veut surtout un agitateur de débats dans les salles de classes.

« Nous leur apprenons ce que le digital storytelling signifie, comment ils peuvent éventuellement se faire manipuler, comment ils peuvent l’utiliser … », poursuit Stuart. « Bref, nous sommes là pour amener ces ados à questionner leur pratique du web 2.0 : se rendent-ils comptent, par exemple, que, pour utiliser leur chanson préférée sur la piste son de leur super vidéo, il va y avoir des droits à gérer ? »

Financé par une fondation privée, la CTVC, TrueTube est 100% gratuit. Il compte déjà une base de données de 5.000 enseignants, après six mois d’expérimentation. Et vous pourriez entendre parler d’eux très prochainement : ce n’est sans doute pas pour rien que le très sérieux Guardian vient de leur consacrer un long article, sacrément élogieux.

Le temps du serious gaming est venu …

« Vous êtes Français ? Mais vous voulez devenir les champions du serious gaming, non ? » Mikkel Lucas Oberby a beau être Danois, il n’en connaît pas moins les ambitions françaises en matière de serious gaming. Responsable commercial de la société « Serious Games Interactive », il est persuadé que le temps de l’apprentissage par le jeu est venu.

« Nous sommes sur ce secteur depuis 2006.
Au début, tout le monde nous regardait avec un gentil sourire, l’air de penser : "ils sont un peu fous, ceux-là". Désormais, nous sommes quand même nettement plus crédibles. Mais c’est surtout vrai dans les pays nordiques, ailleurs, l’évolution tarde un peu à venir …»


Aux enseignants auxquels il présente « Palestine »
, la dernière livraison de son studio, Mikkel Lucas Oberby met en avant l’autonomie qu’acquièrent les élèves dans leur apprentissage, au fur et à mesure de leur utilisation du jeu. Et aux profs inquiets lui objectant qu’un apprentissage solitaire sur des enjeux si lourds peut être risqué, il lâche : « Le seul risque, c’est que ce soit bientôt votre élève qui vous apprennent des choses … ».

Ah oui : si tout se passe bien pour eux,
ils sortiront, en juin, un nouveau jeu. Son thème ? « La révolution française … » Tout un programme.

Et les Français, dans tout cela, ils font quoi ?

Plusieurs entreprises exposaient sous leurs propres couleurs, lors de ce BETT 2010. D’autres, en revanche, avaient fait le voyage groupé : sous la houlette du pôle de compétitivité Cap Digital, de la chambre de commerce de Paris, et d’un cabinet de conseil spécialisé, onze entreprises sont venues présenter au marché international leurs dernières productions ou innovations.

L’initiative a été saluée par le ministre de l’Education nationale en personne, jeudi soir. A quelques jours de la remise du rapport de Jean-Michel Fourgous sur l’usage des TICE, Luc Chatel a répété que le gouvernement planchait en ce moment, sur « un grand plan numérique », qui, financé par une partie de l’enveloppe destinée au numérique dans les fonds du grand emprunt, devrait permettre rien de moins qu’un « changement de siècle » à l’école, selon la formule de Luc Chatel.

« L’idéal serait de parvenir à un double objectif : renouveller des pratiques pédagogiques, tout en permettant la création d’une filière du numérique éducatif », a-t-il expliqué aux entreprises françaises ayant fait le déplacement londonien, leur garantissant que « le gouvernement sera à leurs côtés ». Echéance évoquée, pour ce grand plan numérique éducatif ? « Le premier semestre de l’année », pour « une application à la rentrée 2010 ».

>> Vous l’imaginez, le dossier sera suivi de près, par ici.

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