Une salle de classe sans les murs : l’avenir de l’école ? share
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Une salle de classe sans les murs : l'avenir de l'école ?

22 mars 2011
Imaginez. Au lieu d’apprendre sagement sur votre chaise d’écolier l’organisation d’une cité au Moyen Âge, vous vous promenez réellement dans les rues d’une ville d’aujourd’hui, guidés, grâce à votre mobile, par un GPS … médiéval. L’expérience, tentée à Amsterdam, pourrait bien faire des émules et devenir la norme d’un cours d’histoire. 
 
 
De quoi s’agit-il exactement ? De « mobile learning ». Comprendre : l’introduction des outils numériques portables dans les techniques d’apprentissage. C’était le thème de la conférence organisée mercredi 16 mars sur le campus de Microsoft France, dans le cadre du cycle « design education » dirigé par Cap Digital et le groupe Compas, think tank basé à l’Ecole normale supérieure..
 
Les intervenants, John Traxler et Ronald Lenz, spécialistes des effets des technologies mobiles sur les techniques d’apprentissage, ont expliqué au cours de leurs interventions ce que les premières peuvent apporter aux secondes…
 
>> Alors, à quoi ressemblera l’école de demain ? 

> Première piste : faire sortir l’école de son cadre traditionnel
 
 
L’exemple d’introduction, présenté par Roberto Cassati, du groupe Compas, permet de mieux comprendre ce qu’est le « mobile learning » : 
« En Afrique du Sud, les étudiants utilisent couramment leurs téléphones pour poser des questions par SMS à leurs profs. Ce système a deux avantages : d’abord, on ne se doute pas de la quantité d’informations, notamment scientifique, que l’on peut faire tenir dans un SMS.
 
Ensuite, la réactivité du dispositif permet de poser une question exactement au moment où on en a besoin, donc d’optimiser son temps, tout en améliorant ses connaissances. »
Bref : faire éclater les murs de la classe, par l’utilisation intelligente des TICE à l’école, c’est le défi que proposent les défenseurs de cette nouvelle technique d’apprentissage. Selon eux, l’enseignement ne doit pas se cantonner aux murs étroits d’une salle de classe, mais peut revêtir bien d’autres réalités. 
 
John Traxler, professeur de Mobile Learning à l’Université de Wolverhampton et fondateur de l’Association Internationale du Mobile Learning (IAML), s’intéresse à cette question, depuis le début des années 2000. Il en détaille la longue liste d’avantages :
« Tout d’abord, grâce aux outils portables, l’apprentissage franchit des barrières sociales, économiques, et bénéficie à ceux que les structures fixes d’enseignement excluent habituellement », explique-t-il. 
C’est le premier argument en faveur du « mobile learning » : il ouvre la voie de l’apprentissage aux enfants exclus du système éducatif classique, parce qu’ils sont en situation de handicap et ne peuvent pas se déplacer, parce que leur pays ne dispose pas des infrastructures suffisantes, ou encore parce qu’ils appartiennent à des catégories sociales marginales.
 
En résumé, il constitue une solution face aux structures d’apprentissage trop coûteuses, trop éloignées ou trop difficiles d’accès. 
 
Côté pratique, les outils numériques mobiles peuvent également faciliter les questions d’organisation. Grâce à son téléphone portable, on peut apprendre que son prof est malade, et qu’il sera absent le lendemain, et s’épargner ainsi un déplacement inutile. Ou encore savoir où se trouve l’exemplaire le plus proche du livre que l’on cherche, en fonction de l’endroit où l’on se trouve. Des applications déjà expérimentées à Oxford.
 
> Deuxième évolution : une nouvelle méthodo
 
Mais le « mobile learning » a également des conséquences au sein-même des établissements classiques d’enseignement.
  • D’abord, parce qu’il est un élément de motivation : les exercices qu’il permet sont le plus souvent ludiques, et font appel à des techniques attractives, comme la réalité augmentée. 
Pour Ronald Lenz, directeur du « Urban Reality Lab », au Waag Society (laboratoire de recherche expérimentale sur les technologies mobiles), cet aspect est même l’une des règles de base de cette technique d’apprentissage. Une nouvelle méthodologie, dont les grands principes sont de tirer inspiration de son environnement pour proposer des exercices narratifs et ludiques.
 
Exemple : pour célébrer le 400ème anniversaire de l’arrivée d’Henry Hudson à New York, en 2009, un jeu a ainsi été développé entre Amsterdam et New York : des étudiants de ces deux villes, connectés entre eux grâce à leurs portables, participaient à une chasse au trésor dans les rues des deux cités, grâce à une application mêlant géolocalisation, cartes historiques, éléments architecturaux, … 
 
 

Décryptage de Ronald Lenz :

« La compétition est une excellente motivation à l’apprentissage. Et ce projet est également un exemple de ce que permet le mobile learning : les échanges culturels entre élèves de différents pays. Il s’agit d’un autre défi porté par cette technologie : créer des organisations collaborant à créer et à partager de nouvelles applications scolaires. »
Le mobile learning semble également favoriser l’implication des élèves dans leur éducation. D’abord, parce qu’ils sont amenés à produire eux-mêmes du contenu : photos, textes, vidéos, qu’ils partagent ensuite entre eux. Ensuite parce que l’enseignement est fortement personnalisé. Les outils mobiles permettent de créer des bases de données individualisées, en retenant ce qui intéresse le plus un enfant, en enregistrant les endroits qu’il a visités, ce qu’il en a retenu, etc. 
 
Autre avantage : le mobile permet d’apprendre en contexte, comme l’explique John Traxler :
« Lors d’une sortie scolaire, pour un cours de biologie par exemple, les enfants peuvent réaliser en direct leurs expériences, au lieu de tout noter pour ensuite mener leurs recherches en salle de classe. Résultat : ils peuvent réagir en fonction de leurs résultats, approfondir telle ou telle recherche. Cela décuple la curiosité d’un enfant. »
Même constat pour Ronald Lenz : 
« Il s’agit également de faire de l’apprentissage une partie intégrante de la vie quotidienne d’un étudiant.
 
En faisant sortir l’enseignement de ses normes habituelles, on fait comprendre aux enfants que l’apprentissage est une question de chaque instant.
 
La ville est par exemple un lieu d’apprentissage idéal : les expériences n’y sont jamais les mêmes. »
Pour appuyer cette convition, Ronald Lenz présente le projet « Re-architect » : une chasse au trésor photographique dans les rues de Hong Kong, pour des étudiants en architecture, qui illustre l’utilité du Mobile Learning dans l’apprentissage de son environnement, et dans la personnalisation et le partage des contenus scolaires. 
 
> Des défis : « Mettre les enseignants au niveau »
 
Le mobile learning va-t-il se substituer progressivement à l’enseignement traditionnel ? Il en a en tout cas tous les atouts pour, d’après Ronald Lenz, qui prédit que « le développement des mobiles va continuer à s’accentuer, et qu’ils vont autoriser des manières toujours plus intéressantes d’apprendre. » 
 
Et de détailler :
« D’abord, le mobile learning s’adapte à tous les niveaux scolaires, du primaire au secondaire. Ensuite, il va dans le sens du mode de vie que nous connaissons tous : celui du numérique, qui est aujourd’hui omniprésent. Enfin, il est proche de la vie réelle, puisque il amène à faire face à des situations de tous les jours, et permet également de construire des liens avec son environnement. 
Il reconnaît néanmoins les défis à relever :
 
« A présent, il va falloir mettre en application le mobile learning de manière viable, avec une vraie qualité didactique, afin de le substituer progressivement à la méthodologie d’apprentissage traditionnelle.
 
Il va également falloir mettre les enseignants au niveau, car ils sont le plus souvent en retard sur les nouvelles technologies, par rapport aux enfants auxquels ils doivent enseigner… »
 
John Tuxler, s’il est aussi optimiste, soulève d’autres interrogations sur les impacts du développement du mobile learning : 
« Le rôle de l’outil portable, surtout, pose question : comment va se traduire l’utilisation généralisée du portable à l’école ? Il permet de se connecter à d’autres espaces, d’être ailleurs. Cela peut s’avérer problématique dans une salle de classe, si chacun crée son espace privé et se déconnecte du reste du groupe. 
De la même manière, cela pose la question du rapport au temps : avec les nouvelles technologies, on peut naviguer entre les vidéos sur demande, l’information en continu.
Les temporalités sont multiples et différentes, et cela peut remettre en question des éléments traditionnels, comme les emplois du temps, ou les dates limites pour rendre un devoir, par exemple. »
>> Pour aller plus loin : 
 
– Tous nos articles sur l’utilisation des TICE,
– Notre dossier : L’école du futur (premier trimestre 2008)
 
>> Visuels utilisés dans ce billet :
 
Amsterdam RealTime, projet de la Waag Society
– 1st2wks group Carolyn sending test SMS, par wheres_dot, licence CC (une capture d’écran de cette vidéo est utilisée en photo de une de ce billet

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