YUMP Académie : révéler les talents de nos quartiers share
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YUMP Académie : révéler les talents de nos quartiers

10 octobre 2013

Ca sent la rentrée, cet après-midi d’octobre où Dalila, Sabrina, Arielle et leurs camarades s’assoient sagement face au tableau blanc. Deux mois auparavant, cette trentaine de jeunes attendant leur premier cours ne s’imaginaient pourtant pas forcément retourner à l’école : apprentis entrepreneurs, ils ont été « détectés » dans leur quartier du « 9-3 » pour leur idée de start-up et leur volonté de créer une entreprise viable, à fort potentiel de croissance et créatrice d’emplois. Leur mentor s’appelle YUMP Academy, la « salle de classe » est dans les locaux de Microsoft France et le prof est un véritable coach. Reportage.
 

 
« Pour présenter votre idée aux investisseurs, avant d’ouvrir PowerPoint et faire CTRL+N [la combinaison de touches pour ouvrir un nouveau document, NDLR], réfléchissez ! Longtemps à l’avance, vous pouvez par exemple tenir un carnet pour dessiner vos idées de slides, en limitant leur nombre pour travailler la concision et la force de persuasion ».

Voici le genre de conseils qu’on peut entendre dans une formation à l’art du « pitch », ou comment présenter son projet entrepreneurial pour convaincre en quelques secondes un partenaire potentiel dont le temps est compté. Au moment de passer à la pratique, Belkacen, 27 ans, s’y essaie :

« Un bébé ça coûte très cher : crèche, nourriture, vêtements… Ce que je propose : un dépôt d’achat-vente de vêtements et fournitures en package, c’est gagnant-gagnant pour tout le monde ! »

En découvrant les projets on s’aperçoit qu’ils sont nombreux, ceux qui exploitent les dernières tendances de la révolution numérique : quand Reza et Arielle portent des idées de commerces en ligne innovants, Sabrina veut « révolutionner la e-conciergerie ». Et avec cette formation, tous ont pu réaliser à quel point les nouvelles technologies sont indispensables tout au long du développement de l’entreprise.

La veille, les yumpers avaient eu une formation aux techniques théâtrales. Ce cours, c’était la troisième fois qu’ils se voyaient tous – et un excellent moyen pour apprendre à se connaître, explique Faustine, 33 ans, qui travaille quant à elle sur un réseau social artistique, « qui met en relation des créateurs indépendants et des professionnels à recherche de profils ».

Ayant constaté que les agents de Pôle emploi ont tendance à proposer des postes de secrétaire ou de comptable aux artistes qui vont les voir, la jeune femme confie qu’elle aimerait bien créer le « Pôle Emploi des artistes ». Après avoir essayé de se lancer en solo, elle s’est vite aperçue qu’elle ne pouvait rassembler à elle seule, du conseil juridique à la comptabilité, toutes les compétences nécessaires pour monter sa boite. 

Alors, elle a passé en juin dernier les tests de sélection de l’association derrière le site web jeveuxmontermaboite.com. Pour elle, YUMP c’est avant tout un gage de sérieux et de fiabilité : 

« S’ils aiment ton projet, les investisseurs peuvent aussi te doubler et le faire à ta place. Alors qu’une association est là pour t’aider ! J’ai plus confiance en eux. Et maintenant je bénéficie d’un super réseau : aujourd’hui je suis chez Microsoft ; dans ma petite vie lambda de photographe cela ne serait jamais arrivé ! »
 


 

Investir dans les talents de nos quartiers 

Il faut dire que le lieu de vie de ces créatifs n’est pas spécialement un atout pour eux : alors qu’une dizaine de zones franches urbaines (ZFU) ont été installées sur tout le département de la Seine-Saint-Denis pour encourager l’installation d’entreprises par des exonérations d’impôt et de charges sociales, les entrepreneurs du « 9-3 » restent pénalisés par les a-priori des investisseurs français sur la banlieue Nord de Paris. 

Là où les Français reculent, les Américains et les Qatari ont pourtant montré de l’intérêt : des actions à l’initiative des ambassades des deux pays visent à investir et à soutenir les entrepreneurs de Sevran ou d’Aubervilliers. Avec YUMP, c’est désormais la Suède qui s’en mèle : dans le pays scandinave, ce concept développé en 2008 a déjà aidé 2500 jeunes des quartiers sensibles, faisant éclore 6 sociétés et 55 emplois pour 11 millions d’euros de chiffres d’affaires. La France est le second pays où l’association se développe, avec de grandes ambitions : en Seine-Saint-Denis mais aussi à Lille ou Mulhouse, « l’objectif est de créer dix académies par an », explique son Directeur Général en France, Thomas Fellbom.

Concrètement, l’aide apportée par l’association est tout sauf de l’assistanat. L’approche correspond à un concept de « Business Académie » : une formation professionnelle sur six mois permet d’apprendre les bases pour se lancer, puis la jeune entreprise bénéficie d’un coaching par des experts pendant 1 an pour l’aider à se mettre en réseau ou à lever des fonds. Après cette phase de lancement, un suivi est assuré sur 3 à 5 années supplémentaires. L’approche est sociale, mais la recette est donc bien commerciale. Les partenaires des entreprises aidées siègent d’ailleurs au conseil d’administration et bénéficient d’un retour sur investissement. 

« Qu’ils aient des diplômes ou pas, ça nous est égal. On cherche des personnes qui ont de la ‘niaque’, de la persévérance. Il faut savoir travailler en groupe et avoir un potentiel de conviction et de communication, expliquait encore Thomas Fellbom au HuffPost. 

A l’issue des trois premiers mois de la formation, seuls les cinq meilleurs projets seront sélectionnés. Les autres candidats seront invités à se joindre à eux pour travailler à leur développement. En attendant, chacun travaille avec sa passion habituelle et essaie de retirer le maximum de ses apprentissages. A la fin de la journée Faustine dresse un premier bilan : 

« Pour présenter mon projet le plus simplement possible j’ai des cartes en main maintenant, même si je le faisais déjà avec moins de connaissances. Cette idée des post-it, c’est génial ! ».
 

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