Kevin Maney : « en 2030, nous n’aurons plus à programmer » ! share
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Kevin Maney : "en 2030, nous n'aurons plus à programmer" !

16 juin 2014

Les robots remplaceront-ils demain les programmeurs ? C’est la question posée par le New Yorker, qui revient sur le rêve d’une auto-programmation des ordinateurs par eux-mêmes. Parti des mots de Kevin Maney qui projette « qu’en 2030 nous n’aurons plus à programmer », le journal relance la controverse sur l’apprentissage du code

Bernard Stiegler avait pris part à notre débat sur cette question. Il expliquait :

 » Grâce aux mécanismes d’automatisation, le codage se fera de plus en plus à travers les machines. L’école n’a donc pas besoin d’enseigner ces codes – qui changent d’ailleurs bien trop souvent. Ceux que cela intéresse les apprendront… hors de l’école « .

Un avis que partage Kevin Maney qui prévoit que « les ordinateurs seront bientôt suffisamment intelligents pour nous comprendre dans nos mots, et plus seulement dans les leurs ». Quand cela arrivera, la véritable nature de la programmation aura alors changé : on aura juste à s’exprimer en langage naturel pour que les machines fassent ce que l’on souhaite.

« La programmation deviendra [alors] aussi essentielle que l’écriture cursive. »

Scénario utopique ?

Pas tellement, si l’on regarde du côté de l’Agence pour les projets de recherche avancée de défense aux Etats-Unis (DARPA) et son projet MUSE, qui vise à développer radicalement les approches pour la construction automatique des systèmes. Avec ce programme, elle souhaite un changement complet de paradigme : il s’agirait de faire en sorte que chacun puisse programmer, sans compétence particulière. Il n’y aurait pas de langage intermédiaire dans la relation homme-machine. D’ailleurs dans ce scénario, les ordinateurs seraient même plus fiables que les humains qui peuvent faire des erreurs dans la transcription en langage machine.

Scénario réaliste avec des limites 

Cependant, sans être complètement utopique, le projet contient trois grandes limites selon Gary Marcus, psychologue et Ernest Davin, informaticien, tous deux à l’Université de New York. Tout d’abord, aucune méthode ne décrit pour le moment comment l’ordinateur et l’humain peuvent ainsi interagir et travailler en bonne intelligence. Les langages formels de spécification (par lequel un humain donne des tâches à un ordinateur) sont encore trop complexes pour les néophytes, et le langage naturel encore incompréhensible pour les machines.

Par ailleurs, les bons programmes ne sont pas simplement des montages de codes :

« Un bon programmeur n’a pas seulement coupé et collé des bouts de code ensemble (même si cela fait partie du travail); un bon programmeur comprend, profondément, un problème qui doit être résolu, puis crée une architecture pour résoudre un problème qui n’a jamais été résolu avant. C’est une chose de trouver des extraits de code pertinents, et une autre de s’assurer qu’ils se connectent à la bonne place. »

Enfin, les ordinateurs ont encore une compréhension trop limitée de la façon dont le monde extérieur fonctionne, et donc sur l’écosystème dans lequel va être amené à travailler le programme. C’est la raison pour laquelle Bernard Stiegler plaidait pour enseigner à tous, a minima, non pas le code mais une culture du code : 

« Ce qui est important (…) c’est de donner aux gens une intelligence des structures. Il faut fabriquer non pas des « alphabétisés du numérique », mais des « lettrés du numérique » : des gens qui sauront déléguer à la machine des activités d’écriture ».

S’il est autorisé de trouver ce scénario réaliste, c’est aussi parce qu’en contemplant l’histoire de la programmation on s’aperçoit que des processus automatisent déjà un nombre croissant de tâches dans la conception logicielle. En observant le fait qu’aujourd’hui, une personne n’ayant aucune compétence en programmation peut ouvrir son site web ou son blog en quelques clics grâce à des services en ligne – alors qu’une telle chose semblait inimaginable il y a cinq ans – on peut rester optimiste… et ranger la programmation dans la longue liste des métiers confiés à des machines d’ici vingt ans ? Le débat reste ouvert.

Pour en savoir plus, c’est ici dans l’article du New Yorker, et ici sur le blog « A lire Ailleurs » d’InternetActu qui a relayé cette info en France.

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