Entre gloire et oubli, l’étrange histoire du mot « Cyber » share
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Entre gloire et oubli, l'étrange histoire du mot "Cyber"

17 octobre 2013

Il en va des mots de la technique comme des saisons : ils fleurissent et se fânent au gré des générations d’usagers. Qui se souvient par exemple que « Cyber », ce terme un peu désuet évoquant une vision du futur dépassée, était sur toutes les lèvres dans les années 1990 et désignait entre autres l’équivalent, via webcam, de ce que nous appelons aujourd’hui « sexto » ? Entre adoration et oubli, io9 nous raconte l’étrange histoire de ce mot.

Tout a commencé avec « cybernétique », un terme obscur popularisé par le mathématicien Norbert Weiner dans les années 1940. Pour les besoins d’un de ses livres, celui-ci a emprunté le mot grec « cyber » qui est lié à l’idée de gouvernement ou d’administration. Dans ses écrits, Weiner décrit ce qui était à l’époque une idée assez futuriste : qu’un jour un système informatique autonome fonctionnerait sur le principe de rétroaction. A ce moment, la cybernétique restait encore un barbarisme réservé aux théoriciens de l’information et aux premiers programmeurs informatiques.

Au début des années 1980, tout change : le mouvement cyberpunk propulse le terme « cyber » au panthéon du techno-hip. Stimulés par la popularité du film Blade Runner et du roman Neuromancer de William Gibson, des auteurs comme Cadigan, Bruce Sterling et Rudy Rucker écrivent d’hallucinantes histoires sur la fusion des humains et des ordinateurs. Sous leur influence, « cyber  » devient très vite un préfixe fourre-tout qui peut être ajouté à n’importe quel mot pour le rendre high-tech… un peu comme le mot « numérique » aujourd’hui en quelque sorte !

Si dans les années 1980 le cyberpunk était un style artistique principalement underground, dans les années 1990 tout était devenu cyber : cyber-bully, cybercommunity, cybergeek, cyberespace, cyberstalker, et enfin, cybersexe et cyberguerre sont des néologismes qui ont fleuri tout au long de la décennie 1990.

Pourquoi n’avons-nous jamais eu cyber-téléphones, demande io9 ? Le téléphone mobile, « celluaire » est devenu « cell phone » en anglais, puis a évolué vers le téléphone « intelligent » – smartphone, et pas cyber-phone. Peut-être est-ce parce que, dès la fin des années 1990, le préfixe était déjà un peu dépassé.

Cela semble être le cas pour de nombreux mots relatifs aux nouvelles technos, tel que le « logiciel », remplacé par les « applis » bien plus sexy, ou le mot « surf », purement et simplement abandonné – car on ne « surfe » plus sur Internet en 2013 n’est-ce pas ? Selon io9, les gens ont perdu leur intérêt pour ces mots dès lors qu’ils ont été déçus par les promesses non tenues des technologies en question.

Comme le montre l’image de cet article, on se moque gentiment, aujourd’hui, du fantasme d’un monde hyper-technologique façon cyberpunk. Ce qui ne nous empêche pas de rêver encore de nouvelles utopies high-tech avec de nouveaux préfixes : « numérique », « intelligent », « sensible »… autant de preuves que la sémantique n’est jamais à bout de créativité lorsqu’il s’agit d’alimenter les imaginaires du progrès technique.

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