L’homme augmenté : jusqu’où et pour quand ? share
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L'homme augmenté : jusqu'où et pour quand ?

28 janvier 2014

Améliorer les performances humaines, assister les plus grands chirurgiens, réparer et reconstituer les déficiences physiques, automatiser le travail intellectuel, externaliser la mémoire, ou encore prolonger la vie, sont autant d’ambitions que tentent d’accomplir les technologies convergentes, celles nées de l’association des sciences de l’information, de la cognition, de la biologique et du monde du nano. 

Mises en avant pour la première fois dans le rapport « Technologies convergentes pour l’amélioration de la performance humaine » de la National Science Foundation (NSF) de Washington en 2002 sous le nom de NBIC (Nanotechs, biotechs, Informatique, Cognitique), elles étaient le signe d’une révolution en marche dans le monde de la médecine.

Implants électroniques, robotiques chirurgicales, nano-diagnostics, modélisation du vivant, prothèses prophétiques, la technique a permis d’ouvrir un champ des possibles encore inimaginable, il y a dix ans. On a commencé alors à parler de l’homme « augmenté », un être restauré dans toutes ses capacités.

Ces évolutions impactent aussi depuis 20 ans nos imaginaires. De robocop à Bienvenue à Gatacca, les hommes augmentés ont colonisé nos représentations culturelles : cyborg, homme bionique, post-humain… Et c’est à travers ce prisme que nous vous proposons un point à date sur les dernières grandes avancées. 
 


 

L’être hybride, un couple homme-machine nomme cyborg

Le cyborg, c’est cet être mi-chair, mi-métal popularisé par Robocop… Mais à l’origine, il s‘agit d’une trouvaille de la NASA pour désigner le couplage de l’organisme biologique de l’astronaute et de sa combinaison remplie de de capteurs et d’éléments cybernétiques (des dispositifs autonomes capables de suppléer les déficiences éventuelles de l’organisme). 

Et plus près de nous ? On a tout d’abord vu apparaître des dispositifs artificiels conçus afin de corriger des fonctions organiques ou physiques. L’idée était de compenser une insuffisance, par exemple physiologique, par des prothèses qui aident à dépasser un handicap en le palliant ou le contournant grâce à la technologie. 

Il en va ainsi de l’oreille bionique – capable de redonner l’audition et même de l’améliorer pour entendre au-delà des fréquences humainement normale, des prothèses vocales telle que le projet vocalid, ou la main Dextrus connectée via des électrodes pour mieux contrôler les éléments de la main prothétique. L’homme est ainsi réparé là où son physique est atteint. Les opérations mêlent alors la robotique à la médecine et restent très localisées : membre par membre, organe par organe : l’homme est amélioré par petites touches. Il prend plutôt les caractéristiques du cyborg : cet être humain auquel on a greffé des parties mécaniques visibles. 
 

La robotique a ainsi toute sa place dans la route vers le « posthumain », les prothèses exosquelettes témoignent de son influence : on se rappelle par exemple de la structure en plastique de Whitney Sample, une petite fille atteinte d’arthrogrypose, une maladie rare qui l’empêche, entre autres, de mouvoir seule ses bras.

Puis avec le temps un glissement s’opère : l’homme augmenté par la mécanique et la robotique tend à l’être grâce à des implants connectés, voués à conserver notre être. On pense tout de suite au pacemaker mais c’est aussi le cas par exemple de la lentille connectée qui gère la pression intraoculaire des yeux pour éviter les pics dommageables au nerf optique. 

Cet homme amélioré parce qu’il est « connecté » offre une nouvelle image, celle d’un organisme informationnel ou « inforg ». Un des projets les plus imaginatifs revient à implanter des puces RFID dans le cerveau pour supprimer l’étape du langage et faire communiquer des humains par télépathie. C’est le projet Cyborg 4.0 du scientifique et cybernéticien, Kevin Warwick, de l’Université de Reading au Royaume-Uni.
 


 

L’homme bionique

Mais la vision d’un homme augmenté ne se réduit pas à un humain agrémenté d’artefacts artificiels plus ou moins voyants. Les progrès de la biologie dessinent le visage d’un homme, augmenté au niveau moléculaire, indécelable au premier regard. 

Il y a d’abord les nombreuses expériences dans le domaine des prothèses et implants, comme celle du stylo BioPen. Là où le cartilage naturel est endommagé, on réalise un cartilage « artificiel »… entre guillemets, car la reconstitution osseuse est faite à partir de biomatériaux. On mêle ainsi les cellules-souches à la technique d’impression 3D pour régénérer et accélérer la reconstitution osseuse.

Dans le même registre, deux doctorantes de l’université de Tel-Aviv ont développé une technique de micro-impression permettant de fabriquer des bio-implants mieux acceptés par le corps humain, plus résistants et adaptables. 

Le monde du vivant est également hacké : copié, encodé, décodé puis modifié. On le voit avec le séquençage de notre ADN, aujourd’hui librement analysable avec des sociétés comme 23andMe. Commander son génome ou encore associer les suites binaires aux nucléotides pour faire de notre ADN un support de stockage de données numérique représentent des projets en cours tendant à vouloir externaliser notre mémoire dans des systèmes défiant le temps.

Si avec la robotique on a l’image du cyborg, avec la génétique, c’est celle de l’humanoïde ou de l’homme bioniqueFrank, né d’une alliance entre I-Free et Shawdo Robot Co, est ainsi le premier « bio-bot ». Vous êtes perdu ? Alors tournons-nous vers les artistes numériques, tel Eduardo Kac qui dans son installation Genesis avait mis en scène des dispositifs mettant en relation les technologies de l’information, la biologie et la culture numérique. Son objectif ? Développer un art transgénique pour questionner l’impact des biotechnologies sur les humains. 
 

Mais cette recherche touche aussi le plus essentiel de nos organes, notre cerveau :

« L’ingénierie de l’esprit est une entreprise qui se révélera au moins aussi techniquement difficile que le programme Appolo ou Génome humain, explique le rapport de la National Science Foundation (NSF) dès 2002. Nous sommes convaincus que les avantages pour l’humanité seront équivalents, sinon supérieurs. La compréhension de la manière dont fonctionne l’esprit et le cerveau apportera des avancées majeures en psychologie, en neurosciences  et en sciences de l’éducation. »
 

Le post-humain 

L’homme bionique, dernière étape avant le post-humain ? C’est la thèse avancée par les trans-humains, qui prédisent d’ici quelques centaines d’années la défaite de la sénilité et même de la mort.

L’ordinateur biologique est ainsi vu comme un moyen de reprogrammer nos gènes. L’ambition est de pouvoir imprimer des organes 3D légèrement modifiés, plus sains, et ainsi de les greffer à une personne qui souffre d’une dysfonction dû à un gène muté. Le post-humain devient alors cet homme fabriqué, sans mécanique apparente : nanomachines en polymère organiques, implants recouverts de peaux artificielles, mémoire externalisée pour ne pas tomber dans l’oubli..

Leur idée phare : la singularité, un point de développement technologique au delà duquel l’humain deviendra quelque chose d’autre… comme une conscience naviguant sur le cloud du futur, capable de s’uploader dans n’importe quelle enveloppe de chair ou de métal. 

De la science-fiction, oui, mais jusqu’à quand ? Et au fait… l’immortalité, est-ce bien raisonnable ?

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