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La fabuleuse histoire du mot "ordinateur"

3 avril 2014

« Systémateur », « combinateur », « synthétiseur », « digesteur » ou encore « machine professionnelle » … ainsi aurait pu s’appeler l’ordinateur, rappelle un article du blog Binaire. L’exemple le plus emblématique de francisation d’un terme informatique est aussi un phénomène en voie de disparition : de plus en plus, l’anglais s’impose comme la langue de référence du numérique.

Electronic Data Processing System ou EPDS, telles étaient appelées, dans les années 1950, les premières machines commercialisées pour le traitement de l’information. Consciente que l’acronyme était peu vendeur en France, la société IBM fit appel en 1955 à un professeur de philologie romaine, Jacques Perret, et lui soumit quelques propositions de nommage. Que le philologue déclina :

« « Combinateur » a l’inconvénient du sens péjoratif de « combine ». « Combiner » est usuel donc peu capable de devenir technique. « Combination » ne me paraît guère viable à cause de la proximité de « combinaison ». (…) « Congesteur », « digesteur » évoquent trop « congestion » et « digestion » » expliquait Jacques Perret dans une lettre restée célèbre.

C’est en fait le néologisme ordinateur qu’il proposa, qui séduisit l’entreprise : « C’est un mot correctement formé, qui se trouve même dans le Littré comme adjectif désignant Dieu qui met de l’ordre dans le monde ».

La France pouvait donc s’enorgueillir de posséder son propre terme quand les Allemands se contentaient de copier le « computer » anglais et les Espagnols de légèrement l’adapter (« computadora« ). C’est aussi l’un des rares cas où l’on peut attribuer à une personne la paternité d’un nom commun. 
 

Un succès francophone ?

Initialement déposé à titre de marque, le mot s’est tellement démocratisé que la compagnie fut contrainte d’en abandonner le droit exclusif en 1965. Un succès pour la francophonie qui tend, aujourd’hui, à se faire rare, confiait Loïc Depecker, président de la Société française de terminologie, au journal le Monde en 2005.

 « Les Français refusent de faire preuve d’imagination. Et, à force de n’avoir pas de termes pour nommer les choses, le français disparaîtra des sciences et techniques. C’est ce qui arrive à d’autres langues comme le suédois ou l’italien : cela s’appelle la « perte de domaine« .

Est-ce si grave ? Oui, soutient le terminologue, pour qui la perte de domaine conduit à menacer l’existence des autres langues, phénomène dont nous vous parlions récemment. Mais pas de panique : d’ici 2050, le français serait la langue la plus parlée dans le monde.

Reste à savoir si nous accepterons de perdre le terrain du monde virtuel, déjà gagné à coup de « tweets », « big data », « crowdsourcing » ou autres « e-mails ». Heureusement, l’Académie Française et la très sérieuse Commission générale de terminologie et de néologie du Ministère de la Culture restent très actives. Sous l’empire de cette dernière, le « smart grid » devient un « réseau électrique intelligent », le « crowdfunding » se découvre « financement participatif »… et si elles restent souvent ignorées du grand public, ses trouvailles s’imposent parfois (même momentanément) lorsqu’elles font le « buzz » sur les réseaux – qui n’a jamais entendu parler du « mot-dièse » ?

Nous avons retrouvé la lettre originale : découvrez-la ci-dessous !

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