La transparence en Chine, repas après repas share
back to to

La transparence en Chine, repas après repas

10 juillet 2012

Pour les donateurs aux associations caritatives, la grande inconnue est souvent l’usage qui sera fait de leur argent : quel part du don servira effectivement à la cause que l’on souhaite défendre, et comment être sûr qu’une grande partie de la somme ne sera pas gaspillé, voire même détourné ?

Les associations caritatives et humanitaires sont donc les premières concernées par l’exigence de transparence qui s’impose à la plupart des organisations. Lorsque les outils numériques permettent une mise à jour en temps réel des informations, les rapports annuels ne sont finalement qu’une bien modeste solution : pourquoi en effet ne pas publier chaque jour la comptabilité de l’association, en donnant le détail des dépenses et le nombre de personnes secourues ?

C’est l’idée du journaliste chinois Deng Fei, qui a relevé le défi de monter une association de distribution de repas aux écoliers des campagnes… juste après qu’un scandale de détournement de fonds ait éclaboussé la Croix-Rouge chinoise.

> Free Lunch, pour « crowdsourcer » le contrôle de l’action caritative

Pour s’assurer la confiance des donateurs, son association, Free Lunch, demande aux écoles qu’elle soutient de publier quotidiennement sur le site de microblogging Sina Weibo des messages de ce genre :

« Jeudi 22 décembre 2011. Hunan Xinhuang Dapingpo. Déjeuner gratuit à l’école primaire. Aujourd’hui, 41 personnes ont bénéficié d’un repas. Le menu: viande, radis, œufs durs et pommes de terre cuites. Le riz 2.2×10 = ¥22, la viande 3,2×13 = ¥41,6, les œufs 41×0,7 = ¥28,7, les radis 6×1 ¥ = ¥6, les pommes de terre 6×1 = ¥6. l’huile 1,3×7,5 = ¥9,75 et le bois de chauffage 40×0,2 = ¥8. Au total ¥122,05 soit ¥2,98 par personne. Nous n’avons pas cours le vendredi. Bonne année ! »

Ainsi les deux millions d’abonnés à l’association sur Weibo sont encouragés à suivre de près la comptabilité de ces écoles. Dans la stratégie de Deng Fei, la transparence s’obtient donc en agissant sur le web, mais aussi hors-ligne : dans chaque village, des fonctionnaires retraités sont recrutés pour surveiller les comptes de l’école et confirmer que les enfants sont effectivement alimentés. En cas de fraude avérée, l’école perd tous ses fonds : de quoi inciter les enseignants à publier des informations exactes. Le temps qu’ils passent à cette gestion est d’ailleurs rémunéré, et comptabilisé dans les dépenses.

Deng Fei a obtenu à ce jour plus de trente millions de yuans, soit près de 4 millions d’euros. Et son modèle a rencontré le succès : sept mois après le lancement de Free Lunch, le gouvernement chinois a investi seize millions de yuans dans un programme similaire.

> En quoi est-ce important ?

Pour Wired, qui raconte cette histoire, ce genre d’innovation préfigure les pratiques futures des organisations en matière de transparence. Ici, les réseaux sociaux servent à construire de la confiance et font émerger une communauté active d’individus qui s’auto-responsabilisent, et se partagent même la régulation de l’ensemble : une sorte de hacking du système, qui utilise des outils existants pour concrétiser l’idée que chacun peut contribuer au changement social

Dans son contexte chinois, enfin, l’exemple illustre que le changement politique peut aussi s’obtenir par des voies moins révolutionnaires que la désobéissance civile, mais non moins efficaces : ici, c’est le crowdfunding qui change la politique par le bas, et la communauté qui s’organise pour la solidarité.

« Des programmes tels que Free Lunch introduisent de nouvelles valeurs et pratiques culturelles en Chine, explique l’article‘Free Lunch’ s’appuie sur l’envie des gens, non seulement de faire le bien, mais aussi de s’engager dans une responsabilité partagée ». La sagesse des foules, en quelque sorte.

Chaque semaine,
recevez les immanquables
par email