« La vie privée n’est plus une norme sociale ». Vraiment ? share
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"La vie privée n’est plus une norme sociale". Vraiment ?

29 octobre 2014

Lors d’une interview tenue en 2010, Mark Zuckerberg soutenait la fin de la vie privée. Quatre ans plus tard, et après les scandales soulevés par Edward Snowden ou, plus récemment, par les « photo leaks », cette thèse alors perturbante semble devenir une réalité. Mais est-ce une bonne chose ? Le 24 octobre, à l’occasion d’un TED Talk, Glenn Greenwald, le journaliste qui a le plus relayé les informations de Snowden est revenu sur ce discours ambiant autour de la disparition de la vie privée, ainsi que les enjeux qui la sous-tendent. Et rappelle à quel point elle est une notion essentielle.

Glenn Greenwald, journaliste politique, blogueur, avocat et écrivain américain a mené un travail de 16 mois sur la question. Son constat est le suivant : Internet, originalement conçu comme un espace de liberté d’expression, s’est progressivement transformé en objet de surveillance. Nous partageons quotidiennement de nombreuses informations personnelles en ligne, parfois sans le savoir, données qui sont pour la plupart destinées à être monétisées. Pire : le journaliste note la diffusion d’une idée selon laquelle seuls ceux qui auraient des choses à cacher auraient à s’inquiéter de la disparition de la vie privée.

Or, ces mêmes personnes prétendument à l’aise avec tous les aspects de leur vie personnelle, sont aussi celles qui ne se résigneraient pour rien au monde à confier leurs mots de passe de messagerie électronique. Glenn Greenwald s’est prêté à l’expérience : aucune personne, parmi les nombreux opposants à la vie privée qu’il a pu rencontrer, n’a accepté de lui laisser les mains libres quant à la publication d’informations personnelles qu’il aurait pu trouver sur leurs comptes respectifs. Mark Zuckerberg lui-même, suite à ses propos précédemment évoqués, dépensait 30 millions de dollars pour faire de sa nouvelle propriété de Palo Alto un espace totalement à l’abri des regards.

Un comportement qui ne constitue en aucun cas un tort : l’espace privé est une composante essentielle de nos libertés individuelles, dans lequel nos comportements sont épargnés par la pression sociale. Comme le laisse présager George Orwell dans 1984, une société de surveillance a une influence sur le comportement de ses citoyens et favorise le conformisme, l’obédience et la soumission. En acceptant de ne pas lutter pour la défense de la vie privée, s’établit un contrat implicite avec le pouvoir : se faire inoffensif et insignifiant pour être en échange exempté des dangers de la surveillance.

La liberté d’une société se mesure non seulement à sa façon de considérer ses partisans mais également ses opposants, ceux qui résistent à l’orthodoxie, ces fameux rebelles mis à l’honneur cette année lors des Rendez-vous de l’histoire de Blois. De quoi inciter à perpétuer le débat sur la vie privée. 

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