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La ville numérique : quels impacts pour les citadins ?

23 janvier 2012

Jérôme Denis, enseignant chercheur à Paris Tech et sociologue de la ville, a présenté le résultat de ses recherches récentes au cours d’une séance du séminaire « étudier les cultures numériques » à l’EHESS, l’école des hautes études en sciences sociales. Ses conclusions ? Avec le numérique, trois types d’interactions entre le citadin et sa ville apparaissent.

> La ville connectée : qu’est-ce que cela change vraiment ?

Jérôme Denis commence sa présentation en rappelant qu’il ne faut pas considérer la ville comme une « page blanche ». Pour lui, la ville est un espace porteur d’information depuis très longtemps :

« La ville est un lieu d’écriture dans le sens où elle est marquée pour trier les espaces et les organiser », explique le sociologue. « Il existe depuis fort longtemps des données dont l’objectif est de mettre de l’ordre dans la ville et de la surveiller ».

Pour pouvoir comprendre ce qui tient de l’innovation, il est nécessaire de rappeler quel était le contexte avant l’explosion du numérique. Ainsi, dès 1978, la loi Cada autorise un accès libre aux documents administratifs des collectivités locales… Si l’open data existait déjà, il est bien évident que le numérique l’a fait changer d’échelle et l’a rendu beaucoup plus visible pour le grand public. Et il y a tout de même de grandes nouveautés liées à l’utilisation du web et des nouvelles technologies dans l’organisation de la ville qui nous entoure.

Jérôme Denis les regroupe en trois grandes tendances : la participation, la coproduction et la réflexibilité.

> La participation

La première évolution de fond liée à l’usage des nouvelles technologies et en particulier du web est la possibilité pour les citoyens d’une participation accrue à la vie de leur ville ou de leur quartier. Intéressant aussi du point de vue des municipalités qui ont à leur disposition de nouveaux outils pour dynamiser l’implication de leurs citoyens dans la vie de la cité.

Le premier outil intéressant est la consultation en ligne. Depuis 1983, une enquête publique est obligatoire en cas de projet d’urbanisme. Ce procédé de recueil des avis des riverains sur tel ou tel projet existe donc depuis longtemps à travers des réunions de visu, à des lieux et horaires précis. Avec le numérique, les habitants peuvent désormais donner en ligne leur avis sur les projets, ce qui permet à tous de s’exprimer sans contrainte d’horaires ou de déplacement. De quoi augmenter à la fois le nombre de participants et leur diversité.

La seconde innovation participative est la création de conseils de quartier numériques. Un bon exemple de ce type de dispositif est le site web de la ville de Cergy, qui a été conçu comme un forum destiné à favoriser les échanges entre les habitants de la ville. De quoi permettre à tous de participer au conseil de quartier quelles que soient leurs contraintes en termes d’emploi du temps.

> La coproduction

L’implémentation du numérique dans la ville permet d’autres usages inédits jusqu’alors : la coproduction de données. Il existe plusieurs projets en cours où ce sont les habitants de la ville eux-mêmes qui renseignent directement des données sur Internet ou via leur mobile.

Le site Nogent citoyen est une bonne illustration de la coproduction de données. Sur le site, les habitants peuvent signaler différents problèmes dans leur quartier : un parcmètre qui ne fonctionne pas, une fuite d’eau, etc… Ces projets sont souvent présentés comme une façon de redonner du pouvoir aux usagers. Pour Jérôme Denis, c’est surtout un moyen de fabriquer de nouvelles formes de coordination entre les différents services de la municipalité, en l’occurrence le service de surveillance et le service de maintenance. Les informations circulent plus directement, et donc plus rapidement.

Les données coproduites peuvent aussi bénéficier directement aux citadins. Une sorte de coordination entre les riverains peut ainsi se créer grâce aux nouvelles technologies. L’application pour smartphone « Parking Dispo » permet aux citadins de communiquer entre eux concernant les places de parking disponibles : quand ils quittent leur place de stationnement, ils en informent les autres conducteurs à proximité qui trouvent ainsi facilement une place pour se garer ! Les nouvelles technologies fluidifient l’usage de la ville par des communications d’utilisateur à utilisateur.

> La réflexibilité

Autre apport du numérique à la ville : les données dites miroir, qui donnent à celui qui les consulte des informations sur son propre état. Exemple : les panneaux routiers qui affichent à votre passage la vitesse à laquelle vous roulez. Jérôme Denis qualifie ce type de données de « réflexives », dans le sens où elles ont été pensées et mises en place pour que vous preniez conscience de votre propre état. Et aussi pour que vous changiez vos habitudes si jamais vous ne respectez pas les règles de la communauté…

Ce type de dispositif numérique fabrique donc encore un autre type d’information tout en permettant une sorte de « contrôle social accentué ». D’autant plus que les appareils de mesure sont aussi utilisés pour fabriquer des statistiques. Dans notre exemple, les services de la ville peuvent ensuite compulser ces données pour ajuster la limite de vitesse dans une zone précise ou au contraire pour y accentuer les contrôles.

Un autre exemple de données réflexives est l’affichage numérique de la qualité de l’air, qui permet aux personnes allergiques d’anticiper voire de prévenir leurs problèmes respiratoires. Mais comme toute mise à la disposition du grand public d’informations, la question de la lisibilité des données se pose : quel type de mesures choisir pour informer sur la qualité de l’air ? L’affichage du taux de composés organiques volatils (COV) est-il suffisamment compréhensible ? A contrario, la mention « qualité de l’air bonne » est-elle vraiment suffisante pour informer les personnes concernées ? Autant de questions soulevées par ces nouveaux usages des technologies !

 

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