Le geek, un fou... ou un héros ?

19 juin 2014

Qu’est-ce au juste qu’être geek ? Depuis les années 1960-70, une image s’est cristallisée autour de ce mot : un boutonneux qui préfère jouer aux jeux vidéo et lire de l’Heroic Fantasy à la Terry Pratchett plutôt que de sortir de chez lui. Et pourtant, au pays des geeks, on jongle avec la grammaire des images et de l’information, et on aime comprendre les machines et leurs langages. Tant et si bien qu’aujourd’hui, ils sont devenus des espèces rares et précieuses dans un monde numérisé. C’est ce que tente de montrer Vincent Billard, professeur de philosophie à l’Université de Paris 7, dans son dernier ouvrage Geek Philosophie qui revient sur ce mot pour en dresser une philosophie. Regards croisés avec Nonfiction et Actu Philosophia.

De l’image du fou à celle du super-héros

L’auteur du livre, qui pour Nonfiction présente une sorte de revanche des geeksrevient tout d’abord sur les origines du mot : de l’Allemand « gek« , il désignait une sorte de fou au Moyen-Âge et renvoyait en Europe du Nord à la catégorie sociale « des dérangés inoffensifs qui appartenaient aux marges de la société ».

Aujourd’hui, le geek se caractériserait plutôt par ses passions : celle pour les nouvelles technologies et celle pour les univers imaginaires. Certes, le geek est derrière son écran, mais il est aussi et avant tout un grand lecteur dévorant des tétralogies inspirant ses rencontres physiques autour de jeux de rôle.

Un pont se serait fait entre ces deux passions via l’attrait des geeks pour la métaphysique, soit la recherche constante de nouveautés radicales et l’invention de mondes insoupçonnés. Le geek aurait ainsi une attirance certaine pour l’ontologie, souligne Nonfiction, bien plus que le commun des mortels. En cela, il serait un bâtisseur non seulement de « cathédrales numériques«  mais aussi d’innovation.
 

Du super-héros à… Méphistophélès 

Pour Actu Philosophia, l’ouvrage prend toutefois un tournant passionnel autour du phénomène geek, en allant jusqu’à imaginer son absence comme une carence existentielle dans la modernité. Et dans son attraction pour la technique, l’auteur va jusqu’à faire épouser au geek les idées du mouvement transhumaniste. En mettant son intelligence au service des machines et en invitant à transformer l’Homme en ce qu’il n’est pas, il passerait ainsi de l’image du fou à celle de Méphistophélès, le diable dans le mythe de Faust. Une lecture qui va trop loin, selon Actu Philosophia : si « la philosophie geek est bel et bien un avatar contemporain du vieux mythe progressiste », le tout est de savoir ne pas faire du geek l’objet d’une nouvelle religion technophile !

Pour en savoir plus, c’est ici avec Nonfiction, ou ici avec Actu Philosophia pour un regard plus critique sur l’ouvrage. 

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