Le numérique, c’est ce qu’en fera l’emploi et non l’inverse ! share
back to to

Le numérique, c'est ce qu'en fera l'emploi et non l'inverse !

3 juin 2014

RSLN : Le numérique infuse tous les secteurs de l’économie, générant un fort besoin en compétences nouvelles : 65% des étudiants d’aujourd’hui pratiqueront, une fois diplômés, des métiers qui n’ont même pas encore été inventés. Et dans le même temps (un horizon de 20 ans), 47% de nos emplois pourront être confiés à des machines, « obligeant » à repenser le travail humain vers plus de créativité. 
Entre chômage d’un côté et pénurie de talents de l’autre, quelles recompositions du monde professionnel et du marché du travail ? Quelles politiques publiques pour accompagner ces mutations ? Quelles opportunités nouvelles pour quels métiers demain ?

Bruno Marzloff : Interroger le futur du travail dans le prisme de la robotisation et des mooc, c’est mettre la réponse dans la question. Jetons un coup d’œil au rétroviseur pour comprendre que ce n’est pas la bonne question.

Ainsi, qui se serait attendu à ce que la rencontre du numérique et du travail s’incarne dans les tiers-lieux ? Les espaces de coworking, les smart work centers, les fablabs et autres incubateurs fabriquent de l’activité, des échanges, de la créativité; bref du travail et de la richesse.

Mais quelle richesse et quel emploi ? C’est la question que devrait se poser la politique publique. A l’aune d’un PIB obsolète, le modèle industriel du taylorisme, son modèle d’emploi (le salariat) et son modèle social (l’Etat et l’entreprise providence) s’érodent sans recours classiques. Place à l’économie du service, certes adossée au numérique mais celle-là précède celui-ci. Le rapport au travail s’est toujours incarné dans l’emploi, et s’est à chaque fois transformé avec l’activité (agriculture, artisanat, industrie et maintenant service). Cette mutation définit aujourd’hui d’autres richesses, statuts, sociabilités et valeurs.

Personne n’a encore forgé le néologisme qui traduirait cette composition neuve. Elle ne se résume certainement pas à la seule flexibilité du numérique, ni à l’intelligence assistante des robots, ni à la généralisation du numérique. La difficulté à s’arracher à un modèle moribond – pour ne dénombrer que les centaines de milliers d’emplois perdus ou sous payés – est à la mesure du manque d’imagination des gouvernants et entreprises. Ce modèle est pourtant rejeté par une génération qui entrevoit l’intraprenariat, l’autoentreprenariat, la start-up comme des pistes et l’autonomie, la confiance et la responsabilisation comme des valeurs du travail. Le numérique, c’est ce qu’en fera l’emploi. Et pas l’inverse.​

> Lire notre interview de Bruno Marzloff : Les sans-bureau-fixe à la conquête du mieux-vivre en ville

 

Chaque semaine,
recevez les immanquables
par email