Le « tu » est-il en train de tuer le « vous » sur Internet ? share
back to to

Le « tu » est-il en train de tuer le « vous » sur Internet ?

7 septembre 2012

Tu ou vous ? Vous ou tu ? La prédominance de l’usage de la deuxième personne du singulier dans nos échanges en ligne, en particulier sur les réseaux sociaux comme Twitter, interroge Rebecca Lawn, journaliste pour la BBC : est-ce la fin du « vous » en Français ?

« Le ‘tu’ est normalement réservé à la famille et aux amis, mais quand vous communiquez à travers les symboles comme l’@, joignez les réseaux et tweetez sous un pseudo, le très formel ‘vous’ peut paraître déplacé, même vis-à-vis d’un inconnu », commente-t-elle.

Il est vrai que pour écrire des messages qui n’excèdent pas les 140 caractères, le tutoiement s’impose comme un modèle de concision. Mais ce n’est pas la seule raison :

« Je n’utilise que le ‘tu’ sur Twitter », témoigne Anthony Besson, un Français qui travaille dans les relations publiques. « Mais pas seulement parce que c’est plus court ! Dans la culture Internet, nous sommes entre pairs, égaux, sans distinction sociale, quels que soient votre âge, genre, revenu ou statut dans la vraie vie ».

En effet, l’utilisation de ‘vous’, inculquée dès la petite enfance pour s’adresser à son instituteur par exemple, dénote la reconnaissance implicite d’une relation hiérarchique. L’utilisation du ‘tu’ à tous les niveaux incarne donc, comme le souligne le sociologue Antonio Casilli, « une rupture majeure dans les codes de la communication ».

Utiliser à nouveau le ‘vous’ pourrait être interprété comme une volonté de « réinstaurer des rôles sociaux asymétriques ».

> Vouvoierons-nous encore ?

Cependant, est-ce que la pratique majoritaire du ‘tu’ sur Internet va infuser dans la vie réelle, jusqu’à rendre l’utilisation du vouvoiement caduque ?

Rebecca Lawn rappelle que nous avons connu d’autres périodes de montées en puissance du tutoiement, notamment depuis l’après-68 et la perte de légitimité des autorités. Pourtant, l’utilisation du ‘vous’ reste marquée dans les conversations physiques, ne serait-ce que comme signe de politesse :

« Vous vexeriez de nombreuses personnes si vous les tutoyez sans les connaître. Difficile de dire si les médias sociaux vont changer cela », analyse Bert Peeters, professeur au département francophone de l’Université Macquarie, en Australie.

« Ceci dit, si vous prenez contact avec quelqu’un via Internet en utilisant le ‘tu’, ce serait bizarre de se mettre à le vouvoyer dans un autre contexte. Une fois que vous avez pris l’habitude, il est très rare de l’abandonner. »

Chaque semaine,
recevez les immanquables
par email