Les algorithmes auront-ils la peau des journalistes ? share
back to to

Les algorithmes auront-ils la peau des journalistes ?

19 mars 2014

Le premier algorithme capable d’écrire un article de presse a permis au Los Angeles Times d’informer le premier les Californiens, à peine trois minutes après un tremblement de terre. Ce tour de force annonce-t-il le début de la fin des journalistes ? 

Lundi 17 mars dernier, alors qu’un nouveau tremblement de terre secouait la Californie, le monde entier en était informé quasi instantanément par une brève surprenante, signée du nom de Ken Schwencke. En publiant l’information seulement trois minutes après les premières secousses, le journaliste et développeur pour le Los Angeles Times plaçait le quotidien en tête de la chaîne de diffusion de l’information. Un tour de force déjà réalisé par Schwencke lors du précédent séisme qui avait frappé la zone, le 1er février.

Seulement voilà, comme indiqué cette fois dans sa conclusion, la brève a été en réalité écrite par un algorithme, mis en place par le data-journaliste. L’outil, capable de recueillir les chiffres de l’activité sismique de la région est aussi apte à les mettre en forme et à les publier.

Ce processus de publication inhabituel a étonné et donné lieu à un écho médiatique révélateur. Les plus réfractaires à ce type d’usages se sont exprimés, soulignant parfois un manque de professionnalisme de la part du journaliste et exprimant surtout leurs craintes pour le métier.

Techcrunch, qui revient sur le sujet, souligne un phénomène émergent : « Alors que l’intelligence artificielle devient de plus en plus sophistiquée, l’automatisme s’empare des métiers qui demandent un niveau élevé de réflexion. ».

De son côté, Journalism.co.uk rapporte les propos de Ben Welsh, collaborateur de Ken Schwencke, qui précise que l’algorithme ne fait qu’aider l’homme à obtenir les informations – ou plutôt les données à l’appui de l’information qu’il recherche. Les informations contenues dans la brève de Schwencke ont d’ailleurs toute l’exactitude dont est capable une machine : détaillées et purement factuelles, elles s’appuient sur des chiffres précis et renseignent le public de façon synthétique et quasi instantanée sur l’événement.

L’utilisation des algorithmes dans le journalisme se limite ainsi, pour le moment, à certains champs de l’information – tels que les résultats sportifs, les rapports financiers ou les événements naturels, qui tolèrent plus ou moins le préfabriqué. Et comme nous l’assurait Mercedes Bunz en 2011 :

« On a le sentiment que l’algorithme remplace l’humain : mais ce n’est pas vrai. Aucune machine n’est intéressée par la compétition avec l’homme, c’est notre discours qui donne cette impression. (…) Les algorithmes peuvent simplement reproduire un schéma déjà existant. Ils reproduisent des connaissances basiques, et pour penser « outside the box », il n’y a que l’expert. »

Si une étude d’Harvard a montré que 47% de nos emplois pourront être confiés à des ordinateurs d’ici vingt ans, et que nombre de professions sont aujourd’hui « condamnées à innover » face à l’automatisation, ce n’est donc pas demain la veille que les algorithmes-rédacteurs s’imposeront comme une réponse aux difficultés actuelles du financement de la presse.

Chaque semaine,
recevez les immanquables
par email