Travail gratuit : les créatifs lèvent le bouclier contre les « agences participatives » share
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Travail gratuit : les créatifs lèvent le bouclier contre les "agences participatives"

7 juillet 2014

Vous êtes une entreprise qui cherche à refondre son identité graphique à moindres frais et ne savez pas à qui vous adresser ? Depuis plusieurs années, certaines plateformes en ligne mettent en compétition gratuitement des créatifs pour répondre à votre demande. L’avantage : vous ne payez que celui que vous choisissez après avoir eu de multiples propositions.

Mais les graphistes, s’ils sont toujours très nombreux à répondre à l’appel, se lassent aujourd’hui de se voir proposer des offres de travail gratuit, dans un contexte général déjà peu propice aux offres d’emploi artistique.

Fin mai, la visite de la secrétaire d’Etat chargée du Numérique, Axelle Lemaire, au siège de l’une de ces plateformes ou « agences de communication participatives » a fait exploser le mécontentement de toute une communauté. Excédés de voir l’activité de ces sociétés encouragée par les pouvoir publics, professionnels, indépendants, studios de création, collectifs, agences de communication ou encore futurs diplômés des arts graphiques se sont exprimés dans une lettre ouverte pour dénoncer « l’industrialisation du travail gratuit des créatifs ».

Pour Baptiste Fluzin, directeur de création dans une agence de communication:

« Le problème de ces plateformes, c’est que leur attrait réside dans l’exploitation d’un travail non payé, et dont elles ne peuvent par ailleurs pas vérifier qu’il est déclaré. Pour un graphiste rémunéré, celui dont le logo sera choisi, 99 travaillent gratuitement, bien qu’ils apportent de la valeur à la plateforme, dans la diversité de choix que cette dernière offre au client.

D’un côté on a donc une plateforme qui s’enrichit, et de l’autre une précarisation du métier de graphiste. Quant aux clients, ils ont un produit fini impersonnel, vite fait par des graphistes obligés de répondre à la chaîne à des propositions pour espérer pouvoir en gagner quelques-unes. »

Un problème complexe dont la motivation reste toutefois intéressante : celle de faire vivre une économie autour du crowdsourcing. Une économie qui, pour être juste, devra tout de même trouver comment rémunérer selon leurs souhaits les talents qu’elle mobilise – les créatifs, mais aussi toutes les catégories de « proNétaires », ou micro-travailleurs du Net dont l’exploitation pose de multiples questions juridiques et légales.

En attendant de connaître les solutions trouvées par le gouvernement pour encadrer ce type de travail, « tant sur un plan éthique et qualitatif que légal » comme le précise la lettre ouverte, le débat est à suivre sur la toile avec le hashtag #travailgratuit.

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