Les technologies de l’information vont bouleverser la santé de demain share
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Les technologies de l'information vont bouleverser la santé de demain

28 octobre 2011

Le titre de ce nouveau débat ouvert par RSLN m’évoque une maxime de Peter Drucker, l’un des fondateurs du management moderne, qui disait à ses élèves, futurs capitaines d’industrie, qu’ils avaient la responsabilité de détecter « le futur qui était déjà survenu » ( « The future that has already happened »). La société savante qui s’intéresse aux travaux de prospective dans le monde (World Future Society) a pour slogan « Demain se construit aujourd’hui » (« Tomorrow is built today »). Ces deux formules sont empreintes de sagesse, et le débat d’aujourd’hui nous invite au même exercice de « prospective modeste », car construite non pas à partir de chimères, ni de prévisions dont on sait qu’elles ne se réaliseront probablement jamais, mais plutôt à partir d’éléments dont on dispose déjà aujourd’hui.

Lorsque l’on sait que Charles Townes (Prix Nobel), découvreur en 1953 du rayon laser reconnaît n’avoir jamais eu l’idée au moment de sa découverte  qu’elle puisse avoir un jour une application médicale (dans le traitement du décollement de rétine notamment), ni même qu’elle envahirait nos équipements de salon. Lorsque l’on sait que le découvreur de la pénicilline, Alexander Fleming, n’a pas été celui qui en a imaginé l’utilisation médicale comme antibiotique (qui a fait l’objet d’une redécouverte dix ans plus tard, et d’un Prix Nobel conjoint). Alors on se doit de beaucoup de prudence, y compris pour espérer seulement prévoir ce qui est déjà survenu. Ainsi, nous côtoyons probablement dans notre quotidien des technologies, dispositifs ou molécules connus et répertoriés, sans que personne n’ait encore pensé à leurs applications qui révolutionneraient peut-être la santé de demain.

Les précurseurs des nouvelles technologies de l’information, les concepteurs d’Arpanet dans les années 70, par exemple, n’avaient pas seulement imaginé l’extraordinaire diffusion ultérieure de l’Internet. Vont-elles transformer profondément la santé de demain ? C’est ce qu’anticipe une étude publiée par des chercheurs de la Rand Corporation dans la revue Health Affairs (« Promoting Health Information Technology : Is there a case for more agressive government action ? », Taylor R, et coll. 24, no.5 (2005):1234-1245). Selon leurs auteurs, les nouvelles technologies de l’information pourraient faire économiser aux USA entre 80 et 160 milliards de dollars par an dans le champ de la santé, et réduire grandement la morbidité et la mortalité des citoyens nord-américains. Ces gains en efficience du système de santé seraient obtenus en généralisant massivement l’utilisation du dossier informatisé du patient. Ainsi, l’outil informatique améliorerait la performance générale du système de santé, et les économies générées financeraient mécaniquement une partie de la protection sociale défaillante des citoyens des Etats-Unis. Depuis 1991, l’Institute of Medicine (l’Académie de médecine nord-américaine) répète inlassablement le rôle crucial des nouvelles technologies de l’information pour la transformation de leur système de santé.

La promotion en France du dossier médical partagé (DMP) procède de la même analyse. On voit par des exemples récents, que ce sont des fouilles réalisées à partir des bases de données de l’Assurance Maladie, qui ont permis de détecter des problèmes dramatiques de sécurité médicamenteuse. Malheureusement ces études ont été menées tardivement dans la vie de ces médicaments incriminés, car l’accès à ces bases reste insuffisamment disponible aux chercheurs, encore actuellement trop peu nombreux à avoir la compétence pour le faire. Ainsi, tant pour la sécurité sanitaire, que pour l’aide au diagnostic, à la prescription et la prise en charge du patient, la cohérence et la disponibilité de l’information en santé peuvent venir faciliter, sécuriser et optimiser les soins, et par là-même faire réaliser de substantielles économies à nos systèmes de santé. Les pratiques médicales sont souvent redondantes, parfois inutiles, voire dangereuses tant leur complexité devient croissante. Il est grand temps aujourd’hui, de mener les expérimentations qui évalueront si les chercheurs de la Rand Corporation, les experts de l’Institute of Medicine, ou leurs homologues européens ont correctement prédit le futur qui était déjà là, en matière de santé.

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