Les technologies ne s’attaquent pas aux causes des problèmes share
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Les technologies ne s'attaquent pas aux causes des problèmes

11 décembre 2013

En milieu urbain, la technologie peut résoudre de nombreux problèmes importants, du transport à la criminalité en passant par la pollution et plus encore. Ce qui est souvent perdu dans ce travail, cependant, c’est l’impact humain : la technologie peut-elle vraiment améliorer notre quotidien ? Les ingénieurs et les économistes aiment à mesurer en termes d’efficacité et d’argent, mais je pense que la vraie mesure se trouve dans le bonheur.

Dans un monde technologique, il y a des coûts cachés. Cela ne veut pas dire que nous devrions abandonner la technologie, mais seulement être honnête vis-à-vis de ces coûts, de sorte que nous pourrions les réduire si nous décidons qu’ils sont importants pour nous.

Par exemple, l’expérience des livres en papier me manque, ainsi que celle de traîner dans les librairies, qui sont victimes de la croissance du marché des livres électroniques. Mais je ne suis pas en train de suggérer que nous abandonnions les e-books, car beaucoup de lecteurs aiment leur confort. Si nous sommes conscients des effets de la technologie, nous pouvons aussi l’utiliser pour réduire ses effets nocifs. Nous devrions créer des applications qui peuvent aider à retrouver cette communauté perdue, pas seulement virtuellement mais aussi dans la vraie vie ; ou utiliser la technologie pour aider à maintenir les meilleures atouts de la vente traditionnelle du livre, au lieu de la tuer complètement.

L’ironie de l’habitat urbain est qu’il peut être incroyablement isolant et solitaire, malgré le nombre d’habitants. Donc la communauté n’est pas un facteur insignifiant dans notre bonheur. La technologie peut aussi nous donner l’illusion que nous sommes en train d’enrayer les problèmes. Par exemple, pour réduire la mortalité de l’alcool au volant et d’autres causes d’accidents de voiture, nous avons fait des voitures plus sûres. Des voitures-robot sont en cours d’élaboration en ce moment et elles pourront conduire à notre place. Et ces robots ne boivent pas, ne sont pas distraits ni fatigués. Notez que ces technologies ne s’attaquent pas aux causes profondes de la conduite avec facultés réduites, comme les textos au volant et autres. Mais peut-être que c’est mieux que rien ? Et, en fait, les voitures plus sûres pourraient aggraver le problème, par exemple, si les gens saisissent qu’ils peuvent boire plus souvent tout en revenant à la maison en vie sans problème.

Certains problèmes humains exigent une solution sociale, et non technologique. Car pourquoi penser que chaque problème pourrait avoir sa solution dans la technique ? En parlant de voitures automatiques, on a tendance à penser que la « ville intelligente », en réduisant les embouteillages quotidiens et la pollution permettrait d’augmenter notre temps de loisirs. Nous serons en mesure de lire nos ebooks, de jouer à nos applications de jeux en voiture, de faire des siestes, et ainsi de suite. Puisque ce sont nos voitures qui nous conduisent, il y a effectivement un gain de temps pendant nos trajet domicile-travail, vers l’intérieur ou l’extérieur de la ville. Je suis cependant sceptique au sujet de cet argumentaire, parce que c’est une promesse que j’ai entendu depuis des décennies concernant les nouvelles technologies.

Nous pouvons être plus productifs et créer des documents plus vite avec la technologie, mais quel que soit le temps d’efficacité gagné en théorie, il est immédiatement perdu à de nouvelles tâches – telles que le traitement des virus informatiques, la pression dans le travail, le fait de vérifier tout le temps nos mails et même pendant les vacances. Les jours de voyage que nous économisons en prenant l’avion ne se sont jamais traduits en autant de jours de loisir pour nous : ce vide est rapidement rempli par plus de corvées. Donc, encore une fois, nous voyons que l’efficacité et la mesure économique sont imparfaites pour calculer le bonheur. Nous avons également besoin d’une conscience sociale de ce qui compte vraiment dans la vie.

Je suis un grand fan de la technologie et j’adore le genre de vie et de travail qu’elle m’a permis. Mais je crains qu’il nous manque une lecture d’ensemble et de ses effets non intentionnels. Je n’ai aucun doute sur le fait que les « villes intelligentes » peuvent aider à résoudre de nombreux problèmes, mais rendront-elles vraiment notre vie meilleure et plus heureuse ? Nous ne devrions pas simplement attendre et voir, mais nous devons être plus proactifs et délibérer sur ce sujet. La technologie ne remplace pas une bonne politique sociale, mais elle peut aller de pair avec elle.

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