L’homme qui voulait classer le monde : le web avant le Web ? share
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L'homme qui voulait classer le monde : le web avant le Web ?

3 juin 2014

Le web est-il juste une affaire de rangement ? Lorsque l’on cherche à remonter aux sources de la structure hyperlien du web, beaucoup pensent spontanément à Vannevar Bush pour son article « As We May Think » publié en 1945 dans la revue The Atlantic Monthly. Il y décrivait un dispositif hypermedia avant la lettre, nommé Memex (pour memory extander).

Mais on oublie souvent ses sources d’inspirations, nous raconte dans un article The Atlantic. En particulier celle qui est probablement la première d’entre elles : Paul Otlet, L’homme qui voulait classer le monde.  

 

Vannevar Bush – MEMEX

Connecter les différents médias

Bien avant Vannevar Bush, Paul Otlet a exploré les possibilités de stockage de données et les voies d’accès pour les rendre consultables. Pour ce père fondateur de la documentation et passionné de l’ordre et du classement, c’est une histoire de réseau de médias qu’il faut connecter entre eux : la presse, les livres, des bandes sons (radio), les documents sur microfilm…

Dès 1930, il pose ainsi les bases d’un réseau global avec son idée de télescope électrique qui devait permettre à chacun dans le monde d’accéder aux pages des livres exposés dans la salle « teleg » des grandes bibliothèques (comprenant de la documentation sur supports papiers et microfilms). Ce qu’il nommera le livre téléphoté.

 

Indexer, catégoriser tous les savoirs sous forme de fiches

Hanté par ce rêve, il lance un appel à projet avec son partenaire Henri La Fontaine, un sénateur belge et prix Nobel de la paix en 1930, pour créer La Bibliothèque Universelle ou le Répertoire Bibliographique Universel (RBU). Son ambition ?

« Cataloguer intégralement la production bibliographique de tous les temps, de tous les lieux, sur toutes matières. »

Des fiches à la « Cité mondiale »

Grâce au soutien du gouvernement belge, les deux hommes vont créer plus de 15 millions d’entrées enregistrées sur des fiches bibliographiques, ordonnées selon le principe de Classification de bibliothèque, le CDU. Pour rendre cette technologie plus « sociale », ils vont jusqu’à développer un service qui permettra à quiconque de soumettre une requête et de recevoir une réponse par télégraphe.

Il comprend vite que c’est une affaire interdisciplinaire et collabore notamment avec l’architecte Le Corbusier pour dresser les plans d’une « cité mondiale ». Il imagine alors la convergence de toutes les connaissances du monde en un seul lieu: le Mundaneum.

Otlet, pas si loin du grand programme Memex

Dans son livre Monde de 1935, Otlet développe sa vision d’un réseau utopique : un système décrit comme une extension de la mémoire de l’homme.

Présenté comme un véritable cerveau mécanique et collectif, il explique :

« […] de loin chacun serait en mesure de lire un texte, enrichi ou limité selon le sujet de son choix, projeté sur un écran individuel. De cette façon, tout le monde à partir de son fauteuil serait en mesure de contempler toute création, dans sa totalité ou non. »

On est pas très loin de la structure de Wikipedia et de la notion d’hyperlien propre au web… plus de 60 ans avant la création concrète de l’encyclopédie collaborative !

Pour en savoir plus, c’est ici dans The Atlantic.

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