Louis van Proosdij, itinéraire d’un enfant du web share
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Louis van Proosdij, itinéraire d'un enfant du web

4 octobre 2009

A 41 ans, Louis van Proosdij a passé plus de la moitié de sa vie à créer dans l’univers du numérique. Il se définit d’ailleurs comme « un enfant de la toute première génération ». Celle qui, en France, découvre les ordinateurs à la fin des années 1970, les tout premiers réseaux au début des années 1980, le Minitel en 1982 ; celle qui voit s’ouvrir à elle « l’infini des possibles » lorsqu’Internet déferle sur les ordinateurs, en 1993. Happé par cet univers, il montera en une vingtaine d’années deux entreprises, l’une spécialisée dans le jeu vidéo, et l’autre, actuellement en plein essor, qui propose de révolutionner la télévision numérique. Il accompagnera l’entrée en Bourse d’une troisième société, et aidera plusieurs start-up à bien se lancer dans l’arène. Mémoire vivante du numérique français, il fait partie de ces personnes qui maîtrisent parfaitement les technologies qu’ils ont vu naître et qu’ils réussissent toujours à anticiper.

L’Open Coffee Club, bouillon de culture web

Fort de son expérience, il décide en mars 2007 de lancer l’Open Coffee Club de Paris, un lieu de rencontres informelles, « véritable bouillon de culture web », qui réunit créateurs de start-up, investisseurs et journalistes. « C’est un concept pur, une unité de temps et de lieu. L’idée est qu’un entrepreneur puisse rencontrer un investisseur sans transpirer d’angoisse », expliquet- il. Aujourd’hui, l’Open Coffee Club compte plus d’un millier de membres. Chaque jeudi de 10 h 00 à 12 h 30, entre 20 et 80 personnes se retrouvent au café Elgi, rue Saint-Marc à Paris, pour discuter « projets ». Lorsqu’on évoque cette initiative, il s’empresse de rappeler que l’idée fut d’abord lancée à Londres en février 2007, qu’il n’a fait que la transposer à Paris, qu’aujourd’hui, le mouvement vit de lui-même, qu’il n’est pas aussi présent qu’il le souhaiterait…

Louis van Proosdij n’aime pas se mettre en avant. Il le dit d’ailleurs sans détour : « Je ne cherche pas à être visible. » Il laisse volontiers la place à d’autres membres du club qui, à son sens, sont plus doués que lui pour représenter le monde du numérique. Louis, pour sa part, se contente de « contribuer modestement à l’écosystème ». À son sens, il est impératif de multiplier les initiatives qui permettront d’instaurer un climat favorable à la création, d’encourager, en France, la diffusion d’une « culture d’amorçage des jeunes pousses », qui fait encore défaut. Car d’un côté les investisseurs, plutôt frileux, ne jouent pas toujours le jeu ; de l’autre, les systèmes de financement publics s’avèrent complexes et difficilement accessibles. Grâce à l’Open Coffee, plusieurs jeunes créatifs ont réussi à tenter leur chance sur le marché.

Depuis octobre 2008, le concept s’est par ailleurs associé au programme BizSpark de Microsoft. Ce dernier offre à n’importe quelle start-up, y compris non structurée, un accès gratuit à l’ensemble des logiciels de développement et de production de l’entreprise, lui ouvre les portes d’un réseau de partenaires (business angels, incubateurs…) et lui donne plus de visibilité grâce à son inscription sur un portail mondial. Louis ne cache pas son enthousiasme : « C’est un système hyper innovant et très intelligent. On est en train de revivre ce qu’on a vécu au tout début d’Internet, lorsque rien n’était encore structuré. Avec de tels outils, tout devient possible pour les jeunes créatifs. »

Du bricolage au web-entrepreuriat

Car c’est précisément la façon dont les gens s’approprient les nouvelles technologies pour donner libre cours à leur imagination qui, aujourd’hui, l’étonne encore dans l’univers du numérique. « Jeune, j’aurais rêvé accéder à un tel programme », poursuit-il. Dès l’âge de 12 ans, fasciné par l’électronique, il passait son temps à « bidouiller » : « Je m’achetais des transistors, des fers à souder, des plaques et de l’acide pour fabriquer des circuits imprimés. » Fils unique, il s’inventait, seul dans son coin, des jeux et des mondes imaginaires. C’est d’ailleurs à cet esprit ludique qu’il doit son envie d’entreprendre : « Les entrepreneurs sont en réalité de grands enfants », affirme-t-il. En 1985, à 17 ans, il envisage de créer un nouveau service Minitel dédié aux utilisateurs de Mac. Il voit alors dans l’informatique l’échappatoire à l’ennui profond dans lequel l’école l’a toujours plongé. Mais ses parents mettent un coup d’arrêt à l’euphorie créatrice et lui assènent de « passer son bac d’abord ». Se pliant à leurs exigences, il tente d’entrer dans une classe préparatoire pour intégrer une école d’ingénieurs. Mais il est rejeté. En cause : sa tétraplégie survenue à l’âge de 16 ans, à la suite d’un accident.

C’est seulement à cette étape de son parcours que Louis évoque son handicap. Pour le reste, il semble le reléguer à un simple élément constitutif de sa vie, sans jamais lui accorder ouvertement une place centrale. Et lorsqu’on s’étonne de sa combativité, il répond : « Je n’avais pas le choix. De toute façon, dans pareil cas, soit on arrête tout, soit on s’en sert pour avancer. »

Il montera finalement sa première entreprise, Brainstorm Software après trois années de fac de sciences. L’aventure durera huit ans au cours desquels il développera des logiciels et des jeux vidéo et travaillera, entre autres, pour Infogrames, Disney et Apple. Il choisira de rester à l’écart de la bulle Internet tout au long de l’année 1998. « Nous étions en plein Far West financier et je trouvais ce phénomène assez malsain. J’en ai donc profité pour me ressourcer », explique-t-il.

En 2003, après avoir siégé au directoire de Cryo Networks, l’une des premières sociétés françaises à se positionner sur le marché de la 3D en ligne, il prendra de nouveau une année sabbatique pour imaginer le concept sur lequel il s’investit aujourd’hui à 100 % avec quatre autres personnes : Fair Play Interactive TV. Il s’agit d’une plate-forme de diffusion audiovisuelle, sur IPTV1, qui permet aux professionnels de créer des chaînes de télévision 100 % personnalisées, s’adaptant aux goûts et à l’humeur de chaque spectateur qui « peut se balader dans le contenu de la chaîne » avec la télécommande de sa box ADSL ou câble. L’idée est tout simplement géniale et démonstration faite, le pilote fonctionne à merveille. Malgré un climat économique, pour l’heure, peu favorable à l’investissement, il reste optimiste quant aux chances de leur produit qui a déjà séduit trois opérateurs du marché. Et de conclure, avec un large sourire, que l’enjeu en vaut déjà la chandelle puisqu’il est avant tout question de vivre « une formidable aventure humaine ».

1 Par IPTV, Internet Protocol Television, on entend la diffusion de programmes télévisés via les réseaux de télécommunication utilisant le protocole Internet.

LOUIS VAN PROOSDIJ EN QUELQUES DATES

• 1967 : naissance à Paris
• 1989-1997 : présidentdirecteur général de Brainstorm Software
• 1998 : année sabbatique et business angel
• 1999-2002 : directeur de production et membre du Comité de direction de Cryo Networks
• 2003-2007 : consultant indépendant
• Mars 2007 : lancement de l’Open Coffee Club de Paris
• Depuis 2008 : présidentdirecteur général de Fair Play Interactive TV

Photo : Flore-Aël Surun / Tendance Floue

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