Ma ville intelligente est une ville rebelle

6 décembre 2013

Dans ma ville, l’opérateur de transports publics collecte des données sur mes déplacements (ou les achète à mon opérateur de téléphonie…) pour optimiser la gestion de ses lignes en fonction de la fréquentation. C’est complètement anonyme et puis c’est pour améliorer le service public, mais qui d’autre aura accès à ces informations ? Quels usages de mes données sont acceptables et lesquels ne le sont pas ?

Dans ma ville, on m’offre un service de navigation personnalisé avec une application mobile qui sélectionne les données à afficher sur la carte en fonction de mon profil, de mes goûts, de mes habitudes. C’est vraiment efficace et ça me facilite la vie, mais alors est-ce que je ne ferai plus de découvertes surprises ? A quels plaisirs suis-je prêt à renoncer pour un peu d’efficacité et de confort ?

Dans ma ville, on me demande régulièrement mon avis en tant que citoyen et une nouvelle application mobile me permet même de signaler à ma mairie les problèmes que j’observe dans la rue, un dépôt sauvage d’ordures, un nid de poule ou tout autre dysfonctionnement. Je vis ça presque comme un devoir de contribuer ainsi à améliorer mon environnement, mais est-ce que ce ne sont pas toujours les mêmes qui se bougent (et je risque de me fatiguer, à force) ? Et les autres, ceux qui ne font rien, ne vont-ils pas être exclus de cette nouvelle forme de communauté ?

Dans ma ville, je suis récompensé si j’agis pour le bien commun, si je trie bien mes déchets pour améliorer le taux de recyclage, si je fais du sport pour réduire les dépenses publiques de santé, si je télé-travaille deux jours par semaine pour moins polluer en évitant de prendre ma voiture. Tout cela est comptabilisé dans un système central et je reçois des points numériques pour ces gestes citoyens. C’est bon pour ma ville et bon pour mon porte-monnaie, mais si je refuse d’être pisté dans tout ce que je fais, suis-je un mauvais citoyen, voire un citoyen suspect ? Dans quelle mesure suis-je libre de choisir entre le conformisme social et le retrait ?

Tous ces services numériques innovants sont conçus pour rendre la ville plus durable, notre vie quotidienne plus facile et notre fonctionnement collectif plus efficace. Mais ne devraient-ils pas faire l’objet d’un débat démocratique, à propos de ce qu’ils mettent en jeu : Qu’a-t-on à gagner ? Qu’a-t-on à perdre ? Sinon, peut-être s’expose-t-on à quelques manifestations de résistance ou à des détournements d’usages de ces dispositifs… Car je crois que ma ville intelligente est une ville capable de se rebeller contre le solutionisme technologique, malgré toutes ses bonnes intentions apparentes !

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