Mercedes Bunz : « La révolution égyptienne est l’événement le plus important de l’année pour l’info en ligne » share
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Mercedes Bunz : « La révolution égyptienne est l'événement le plus important de l'année pour l'info en ligne »

5 avril 2011

La prochaine rencontre RSLN se déroulera, ce jeudi 7 avril, autour de Mercedes Bunz, journaliste spécialiste de la mutation des médias vers le numérique, qui nous parlera de l’irruption dans le champ de l’info des robots et autres algorithmes.

Nous vous proposons un entretien avec elle, pour vous permettre de mieux la découvrir. Et vous donner envie de nous rejoindre – toutes les infos sont là.

RSLN : Histoire de faire un peu mieux connaissance … . Vous étiez journaliste au Guardian jusqu’à l’été dernier. Où peut-on suivre vos écrits, à présent ?
 
Mercedes Bunz : Le plus simple, et cela a un rapport avec la suite je crois, c’est encore de suivre mon blog !
 
RSLN : Rachat du Huffington Post par AOL, suites de la diffusion de câbles diplos par des médias ayant obtenu des documents de Wikileaks : le début de l’année a été très riche en événements associant journalisme et internet, à tous les points de vue. Quel est celui qui vous a le plus marqué ? Et si je vous pose la même question, mais depuis cinq ans ? 
 
Mercedes Bunz : Que l’on se situe depuis le début de l’année, ou depuis cinq ans, je vais faire la même réponse : les social media [nous le traduisons ensuite par "réseaux sociaux", même si … NDLR], comme Twitter et Facebook.
 
C’est un nouveau processus de publication, décentralisé, qui est ainsi apparu dans la chaîne de l’info, et qui a véritablement montré tout son potentiel avec la révolution en Egypte.
 
Je m’explique : nous savions tous que les réseaux sociaux allaient jouer un rôle important pour le « public ». Les événements en Egypte ont joué un rôle de catalyseur : on a eu l’impression que toutes les années précédentes, nous nous étions contentés d’étudier la possibilité qu’ils deviennent un canal d’info … en attendant, précisément, le jour où un événement de la sorte se produirait.
 
RSLN : Vu de Londres, ou d’Allemagne, est-ce que le paysage français de l’info en ligne vous semble riche ? Innovant ?
 
Mercedes Bunz : Il y a une différence fondamentale entre le paysage de l’info en Grande-Bretagne, et celui « continental » : l’anglais est la langue mondiale, et la pression, la compétition, est du coup nettement plus importante. 
 
Les langues européennes « protègent » notre paysage de l’info. Du coup, un peu comme l’Allemagne, la France ne donne pas forcément l’impression d’être à la pointe de l’innovation, mais ça a aussi un bon côté : le journalisme y est encore plutôt bien considéré. Donc : innovant, peut-être pas, mais important, oui !
 
RSLN : Vous êtes une « rubricarde », spécialiste des médias. Les sujets que vous couvrez sont énormément couverts en ligne, où ils donnent lieu à de très nombreux commentaires. Est-ce que cela vous force à utiliser de nouveaux outils, pour « garder le rythme » ? 
 
Mercedes Bunz : J’ai vraiment l’impression que, parfois, on devrait un petit peu moins se soucier de ce que « tout le monde » raconte. Donc, quand j’écris sur un sujet, évidemment, je m’informe, je suis le débat – ou plutôt, je fais des recherches, qui, oui, peuvent peuvent passer par une recherche dédiée et en temps réel sur Tweetdeck … mais je ne pense pas qu’il doive s’agir là d’un passage obligé !
 
Faire avancer le débat, et connaître les faits, est au moins aussi important que les discussions sur les réseaux sociaux. Bref, la manière dont je travaille, c’est un peu : « Respecte l’opinion et le savoir produit en ligne, mais ne te laisse surtout pas trop impressionner par cette opinion publique. »
 
RSLN : Est-ce que l’on voit apparaître de nouveaux rapports entre journalistes, en ligne ? On voit parfois des journalistes qui s’échangent des infos, s’apportent de l’aide. Est-ce là la naissance d’un processus de fabrication de l’info plus « transparent » ? Ou s’agit-t-il simplement de nouveaux outils pour des pratiques « traditionnelles » ? 
 
Mercedes Bunz : Je pense effectivement que les rapports que l’on entretient en ligne ont pu changer la manière dont on se fait confiance entre journalistes. Je suis aujourd’hui « amie » sur Twitter avec des personnes que je n’aie jamais rencontrées, mais avec lesquels je partage les mêmes intérêts, et même un peu plus, avec, parfois, un étrange sentiment de proximité.
 
Exemple type : Michael Zimbalist, de l’équipe R&D du New York Times (voir ici pour un contact plus informel), avec lequel je n’aurais sans doute jamais été en contact sans les réseaux sociaux !
 
Quand je travaille sur un sujet, je fais donc appel à tous ces canaux, pour obtenir de meilleures infos … et parfois, je peste aussi contre des confrères qui auraient pu obtenir, très facilement, de meilleures infos, et qui ne l’ont pas fait ! 
 
RSLN : On a décalé un coup de téléphone programmé pour préparer cette rencontre, parce que vous étiez à la British Library. Question curieuse, mais : cela existe encore, des journalistes qui vont dans les bibliothèques ? Et qu’est-ce que vous y trouvez qui ne soit pas déjà sur internet ?
 
Mercedes Bunz : Ca peut paraître un peu simple, mais : la British Library, c’est vraiment l’endroit parfait pour travailler : le wifi est tellement mauvais que ça vous force à débrancher un peu de Twitter, pour vous concentrer sur ce que vous êtes en train d’écrire.
 
Plus fondamentalement : je travaille énormément à partir des livres : cette info là est organisée bien différemment qu’elle ne l’est en ligne, et vous ne vous appropriez pas une info de la même manière quand elle est imprimée sur papier. Je ne peux pas vraiment m’en passer … comme je ne voudrais pas me passer non plus de l’info en ligne !
 
> Visuel utilisé dans ce billet : 
 
 
[OK, and for the first time here @ RSLN, you’ll find below an english version, since this online interview was conducted in english :)]
 
RSLN : Just for introduction: where can we follow your writings, since you have left The Guardian?
 
Mercedes Bunz : The best way to follow my writings is my blog, mercedes-bunz.de 🙂
 
RSLN : Huffington/AOL, Wikileaks, … what was the most important digital journalism / digital media news since the beginning of ’11, according to you? And … same question for the past 5 years? Why?
 
Mercedes Bunz : Funnily enough, the most important event 2011 and in the last 5 years is identical: Social Media like Twitter & Facebook. With Social Media a new distributed publishing entered the media scene to enfold fully this January with the Egypt revolution.
 
We always knew since they have become massively adopted, that social media will play an important role for ‘the public’. When the Egypt revolt happened, however, it seemed like in the years before we had simply trained to open them up as a channel in case an event of an importance like this might happen.
 
RSLN : What does the French online news landscape look like from London or Germany ? Is it considered as an innovative one ?
 
Mercedes Bunz : There is a fundamental difference between the English news landscape and the Continental news landscapes. English is taken out of the British hands to become the World language, therefore the pressure in English speaking countries is much higher. European language shelters our news landscape! Much like Germany, France might not be seen as highly innovative, but this has a good side – journalism is still regarded very highly in our countries. Innovative maybe not; important, yes! 
 
RSLN : You’re journalist, specialized in media. Themes you’re working on are widely discussed online. What are the new tools you’re using, in order to keep in touch?
 
Mercedes Bunz : Often I think we should not bother so much what ‘everybody’ is saying. So whenever I write upon a subject, I inform myself, I follow the debate by a search and by – yes, Tweetdeck columns – but I don’t think one must. Thinking an argument through, and knowing the facts is as important as what everyone says on social media. Respect the online knowledge, but don’t let the public impress your opinion too much! 
 
RSLN : How would you describe all those new online connections between journalists – who, sometimes, are exchanging tips, etc., in a quite public way online? Is it a step toward a more transparent information process? New tools but same practices as before?
 
Mercedes Bunz : I think it changed how we rely on each other. I am now friends with people on Twitter who I never met but share the same interests with, and feel in a strange way close. Michael Zimbalist of the New York Times R&D team, for example, is someone I would never been in contact with without social media. When I do research or write on a topic, I use these channels to get better information. And sometimes I get mad at colleagues because they easily could have simply searched for some better facts and didn’t. 
 
RSLN : You once wrote that you had to work at the British Library. But … what materials a journalist can find at the British Libray that are not already available online … ?
 
Mercedes Bunz : The British Library is a great place to be. The WiFi is so bad, it keeps you off Twitter, and forces you to concentrate on your writing. Also I work a lot with books. Information that is written for and printed in books has a very different way of being organized than online. The reception of paper is quite different, and I wouldn’t like to miss it – as much as I wouldn’t like to miss online !

> Pour aller plus loin en ligne :
 
– Le blog de Mercedes Bunz,
Mercedes Bunz, une journaliste du 2.0, compte-rendu de l’intervention de Mercedes Bunz à l’école de journalisme de Sciences Po Paris en février 2011
 
> Et sur sur RSLN :
 
– Le web et la diplomatie : le temps de la réflexion, notre compte-rendu (non exhaustif) d’une journée d’échanges au CERI-Sciences Po sur le web et les régimes autoritaires.

– Entretien avec Nicholas Lemann (Columbia) : « Le journalisme en ligne fait désormais partie intégrante du journalisme de qualité »
– Tous nos articles sur les nouveaux médias
– Une débat RSLN : Info en ligne : mieux informer grâce au web, c’est possible ?
– Notre enquête : L’info est-elle prête pour sa révolution, en trois volets (publiée en juin 2010)
– Le numéro 3.4 de RSLN version papier, sur le même sujet (format PDF)

  
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