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Mercedes Bunz : « Les algorithmes ne remplaceront jamais les journalistes »

27 avril 2011

Dans le cadre des Rencontres RSLN, nous avons eu le plaisir de recevoir jeudi 7 avril, Mercedes Bunz, journaliste spécialiste de la mutation des médias vers le numérique.

Retrouvez l’intégralité de la rencontre en video suivie d’une séance de questions-réponses.

 

Et, comme pour les précédents évènements, le dispositif Polemic Tweet, développé par nos partenaires de l’IRI a permis d’agréger l’ensemble des tweets produits pendant la conférence et de les intégrer à la vidéo de la rencontre. Découvrez le résultat et suivez les échanges en cliquant sur l’image ci-dessous :

 « Les robots sont là… ! »

« La digitalisation change ce que nous savons. Les algorithmes qui apprennent à écrire, personne n’y avait vraiment pensé et il faut maintenant y réfléchir. »

Les robots ne sont plus en train d’arriver, ils sont déjà là, explique Mercedes Bunz, prenant pour exemple Stats Monkey, un journaliste-robot qui écrit et publie automatiquement des articles sur certains matchs de baseball américain.

Concrètement l’algorithme produit un texte à partir de modèles pré-établis en se servant des statistiques collectées mais « sans pour autant affecter le journalisme, parce que personne n’écrivait sur ces matchs avant ».

> L’autorité des experts attaquée

Mercedes Bunz s’interroge néanmoins sur la place réservée aux journalistes dans ce nouvel équilibre, « en tant que premières personnes touchées par cette digitalisation » : et sa réponse est plutôt optimiste :

« Ce qui me fascine c’est que cela peut rendre le journalisme meilleur, mais pourtant les journalistes sont très critiques voire franchement hostiles vis-à-vis de ces nouvelles technologies. Au lien d’en voir les possibilités, ils se concentrent sur les mauvais côtés. »

Elle explique cette crainte par le fait que les machines, les algorithmes apprennent, analysent, produisent plus rapidement que les humains :

« L’exclusivité de la connaissance n’est plus là : l’autorité des experts est attaquée et c’est pour cela que nous avons aussi peur de la digitalisation. »

> Le nouveau rôle de l’expert et du journaliste

Dans le passé, être un expert c’était comprendre un domaine parfaitement, en avoir une connaissance approfondie, acquise au prix de nombreux efforts. Il fallait connaître plus que les autres, sur des thèmes inconnus, pour trouver la réponse adaptée à un problème ou une question.

Aujourd’hui, la digitalisation permet l’accès aux connaissances les plus précises, et cela pour tous. Et pourtant : « Cette nouvelle distribution de la connaissance n’est pas forcément considérée comme un progrès », constate Mercedes Bunz.

Elle prend pour exemple le site Wolframalpha à qui on peut poser des questions et qui y répond directement : elle fait une démonstration avec une comparaison entre le nombre de… moutons en France et en Grande-Bretagne.

Faites-le test, c’est assez impressionnant (et si vous arrivez à expliquer pourquoi leur nombre chute en 1975, nous serons très intéressés).

> Les faits changent

« Les faits n’ont jamais été aussi précis et éphémères. Avant les faits étaient très près de la vérité, spécifiques et stables. Mais maintenant les faits changent constamment » et cela se traduit par une « perte de valeur des faits ».

Elle invite à « changer notre perception de la vérité avec la digitalisation ».

> Les machines ne visent pas à remplacer l’humain

Et pour Mercedes Bunz, il faut de nouveaux discours pour accompagner cette digitalisation, pour accompagner ces changements :

« On a le sentiment que l’algorithme remplace l’humain : mais ce n’est pas vrai. Aucune machine n’est intéressée par la compétition avec l’homme, c’est notre discours qui donne cette impression. Elles ne veulent pas se battre avec nous, on doit comprendre qu’on aura toujours besoin de la technologie. »

« Les algorithmes ne remplacent pas les experts », explique la journaliste : ils remplacent une certaine forme de connaissance. Il n’est plus forcément nécessaire de connaitre tous les faits mais il faut connaître la relation entre ces faits :

« Les algorithmes peuvent simplement reproduire un schéma déjà existant. Ils reproduisent des connaissances basiques, et pour penser « outside the box », il n’y a que l’expert. »

> Quelques exemples d’applications

Mercedes Bunz donne quelques exemples d’utilisation des nouvelles technologies par les journalistes « une fois qu’ils n’ont plus peur » : notamment Zeitgeist, « une façon de révéler et d’explorer du contenu, grâce aux signaux sociaux des utilisateurs ».

« Le Guardian ne remplacera jamais sa homepage par un algorithme » mais Zeitgeist est un exemple de ce qu’on peut faire avec l’aide des utilisateurs et des algorithmes, explique la journaliste, avant de conclure :

« Avant il fallait chercher des faits. Aujourd’hui, il est toujours sacré mais il faut comprendre l’ensemble, dépasser la surcharge d’information et comprendre ce qui est important. Quand on fait cela, on n’a plus besoin de parler « du robot ». »



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