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Michel Serres : « Un capital est en train de se former, le capital des données »

16 mars 2015

Depuis 2012 et la parution de son ouvrage Petite poucette, le philosophe français Michel Serres, membre de l’Académie française, analyse les conséquences (individuelles, notamment morales, et sociales) des évolutions technologiques. Dans un entretien accordé au quotidien Le Figaro, il revient sur les enjeux qui entourent l’exploitation des données.

« Aujourd’hui, nous sommes déjà dans le numérique. C’est fini. Il n’y a pas de doute là-dessus. » Malgré ses quatre-vingt-quatre ans, loin des discours se lamentant des conséquences du progrès technique (« c’était mieux avant » !) ou se demandant si Internet ne rendrait pas bête, le philosophe prend acte de la nouvelle ère dans laquelle nous sommes entrés. Et réfléchit aux enjeux qui entourent l’avènement d’une « société numérique ».

Depuis « l’affaire Snowden » tout particulièrement, l’un de ces enjeux revêt une importance considérable : la maîtrise des données personnelles. Les données, personnelles ou non, sont avant tout des lignes de code, des suites de 0 et de 1 : le numérique au sens propre, c’est-à-dire un langage. Michel Serres :

« Quand on vous demandait de raconter vos vacances, vous les racontiez déjà selon des codes bien précis, qui étaient la syntaxe française, le sens des mots, l’orthographe. C’était votre individualité, mais c’était aussi un passage par des codes. […] Vous passez toujours par un code commun. »

Vers l’apparition de « dataires », notaires des données ? 

Selon lui, la question centrale est alors celle de la propriété de ce code commun, et donc des données. Michel Serres note en effet que, au sein de l’économie numérique, « un capital est en train de se former, qui est le capital des données ». Une valeur leur est apposée et elles sont sources de richesse pour les entreprises… mais qui en est donc propriétaire ? Cette épineuse question est au cœur des réflexions du chercheur Evgeny Morozov : « toutes les technologies qu’on utilise aujourd’hui se fondent sur un modèle qui tourne autour de la collecte de données des utilisateurs afin de proposer des publicités ciblées. »

Michel Serres se déclare partisan d’une position intermédiaire, qui consisterait à confier la propriété des données à des intermédiaires :

« La question est de savoir qui sera le dépositaire de ces données. De même que les notaires sont en grande partie les dépositaires de mes secrets, de mon testament […], il nous faudrait inventer des « dataires », des notaires des données. Elles ne seraient confiées ni à un État, ni à Google et à Facebook, mais à un nuage de dépositaires. »

Pour découvrir l’intégralité de l’entretien, c’est par .

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