La Fée Numérique

13 mai 2013

On pourrait croire que la tâche est simple.

Numériser un pays ? Posons de la fibre ! Eduquons à l’informatique ! Subventionnons un PC par étudiant ! Mettons des tableaux interactifs dans les classes ! Un enfant, une tablette !

Notre imagination, celle d’une nation d’ingénieurs,  d’administrateurs et d’hommes publics est toujours débordante… mais pas toujours pertinente. Nous pensons souvent, collectivement, que tout se ramène au bout du compte à une question de moyens.

Or, plus que de moyens, c’est d’un élan dont nous avons besoin, d’un élan qui ne se confondrait pas avec une course, et où celui qui pousse n’est pas celui qui court.

Si la révolution numérique a commencé il y a longtemps, la puissance publique n’a compris son importance – en fait, sa priorité absolue – que très récemment. Nous pouvons espérer qu’aujourd’hui, elle en a saisi la dimension stratégique et déterminante. L’annonce de la création d’un premier quartier numérique à Paris, en est le symptôme, même s’il suit ou accompagne des initiatives plus anciennes (Silicon Sentier et son futur GLI par exemple) ou synchrones (_Innovation Factory).

Ce quartier numérique peut être un symbole fort – et l’on sait la véritable importance des symboles – de la volonté politique de faire passer l’économie française de l’autre côté du miroir digital. Ce symbole doit être catalytique, en ce sens qu’il doit « contaminer » son environnement, et qu’il propage une nouvelle manière de faire, de penser, d’imaginer, de se projeter. Mais il ne pourra à lui seul espérer être à l’origine de ce changement profond de culture que l’époque exige.

Car plus que d’infrastructures, d’outils, de moyens et  de facilités, c’est d’un changement de culture et de vision du monde dont nous avons en France collectivement besoin. Il nous faut passer d’une culture et d’un rapport au monde largement ancrés dans l’imaginaire des deux siècles précédents, à un siècle où l’intelligence sera le seul enjeu. Mais elle ne peut véritablement se déployer que dans un milieu pensé pour elle, forgé par elle. Les enjeux seront alors dans la fin et non plus dans les moyens.

Et nous saurons que nous aurons réussi le jour où la notion de « quartier numérique » nous semblera aussi étrange que celle de « quartier électrique ».

 

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