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Non, les réseaux sociaux ne nous enferment pas dans une "bulle"

27 octobre 2014

Les réseaux sociaux nous confrontent-ils à la diversité des opinions, ou nous enferment-ils dans une bulle d’amis et de gens qui pensent comme nous ? Alors que les travaux récents ont surtout souligné le second phénomène, une étude de Pablo Barberá, doctorant en science politique à l’université de New York montre le contraire. Décryptage avec NiemanLab.

Sommes-nous enfermés dans une « bulle de filtres » ?

L’idée remise en cause par Pablo Barberá dans son étude est portée par Eli Pariser. On vous en parlait cet été : Pariser décrit une société homogène où les internautes ne sortiraient pas de leurs centres d’intérêts. La sélection silencieuse faite par les algorithmes sur les contenus que nous pouvons voir ou non, en fonction de notre profil, crée une « bulle de filtres » autour de chaque individu. Chacun accède ainsi à une version différente d’Internet. 

Ce tri automatique serait donc synonyme d’isolement : en ne montrant à chacun que des choses qui lui plaisent, les algorithmes confortent ainsi nos opinions. Cette évacuation des points de vue contradictoires, selon Eli Pariser, reviendrait à radicaliser les croyances et polariserait la société.

Une hétérogénéité de contacts

Bien au contraire, estime Pablo Barberá. En se basant sur un échantillon de plusieurs millions d’utilisateurs de Twitter et Facebook venant d’Allemagne, d’Espagne et des Etats-Unis, le chercheur estime que les individus seraient davantage confrontés à des opinions contradictoires sur les réseaux sociaux que dans la vie réelle :

« Contrairement à un nombre croissant de travaux qui suggèrent qu’Internet fonctionne comme une « caisse de résonance » où les citoyens sont principalement exposés à opinions politiques similaires aux leurs, mes résultats démontrent que la plupart des utilisateurs de réseaux sociaux reçoivent des informations de divers points de vue. (…) la confrontation à la diversité des opinions politiques sur les réseaux sociaux a un effet positif sur la modération des idées, réduisant ainsi la polarisation massive des individus. »

L’argument central de l’hypothèse avancée par Pablo Barberá est que les réseaux sociaux favorisent la mise en relation avec des personnes avec lesquelles nous avons des « liens faibles » : il ne s’agit pas de nos meilleurs amis, mais par exemple d’anciens camarades de classes, de relations rencontrées lors d’un déplacement professionnel, ou tout simplement d’un utilisateur de twitter jugé amusant. Ce sont précisément ces relations qui ont tendance « à être politiquement plus hétérogènes que nos réseaux personnels ».

Mais alors que dire de cette autre étude dont nous vous faisions l’écho, selon laquelle les réseaux sociaux entretiendraient une autocensure plus forte que dans nos échanges physiques, empêchant les opinions dissonantes d’émerger ? Gageons que le débat n’a pas fini d’agiter les chercheurs.

Pour plus d’informations, rendez-vous sur NiemanLab.

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