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« Nous avons besoin d’alter-egos en ligne » : un plaidoyer pour le pseudonymat

7 mai 2014

Le 25 avril dernier, Judith Donnath, chercheuse en réseaux sociaux et numériques au MIT, livrait à Wired un long article pour défendre le pseudonymat en ligne. A l’heure où l’identification unique et nominative devient la norme sur Internet, la chercheuse explique qu’un tel changement pourrait ruiner le web…

Perçu comme une forme de mensonge ou lâcheté par ses nombreux détracteurs, l’anonymat est souvent dénoncé comme la grande cause des incivilités et dérapages en tout genre sur Internet. Mais « cette approche se concentre sur le mauvais problème et crée une fausse dichotomie entre divulgation totale de sa véritable identité et anonymat intraçable » explique Judith Donnath.

Car divulguer son nom sur Internet n’est pas la même chose que de le donner hors ligne, et se rendre anonyme peut être une tactique de troll comme une question de vie ou de mort pour des opposants politiques. Outre cette mise au point, la chercheuse rappelle qu’il existe aussi un entre-deux : le pseudonymat, une stratégie qui consiste à séparer notre identité en différents avatars selon les contextes.

L’illusion de l’identité unique

Sur le web comme dans le monde physique, le temps et l’espace définissent différentes facettes de nous-mêmes, explique Judith Donnath. Nous ne montrons pas la même image au Président de la République lors d’une cérémonie officielle, qu’à un vieil oncle malicieux lors d’un repas de famille.

De la même façon, sur le web, nous ne nous exprimons pas de la même façon sur un forum à propos de problèmes d’ongles incarnés que sur nos profils LinkedIn. Pourtant, avertit la chercheuse, de plus en plus de sites encouragent l’adoption d’une seule et même identité pour naviguer et commenter en leurs eaux… 

Une synthèse de Ken Perlin d'après ses prises de parole sur Internet - Aaron Zinman et Judith Donath via Wired

Indispensable pseudonymat ?

Une menace pour la dignité personnelle, affirme la chercheuse, qui rappelle que dans les groupes de soutien (de type Alcooliques Anonymes), la pseudonymie est essentielle pour que des inconnus participent en confiance.

Or, on oublierait trop souvent que le pseudonymat ne sert pas qu’à insulter des inconnus sur Internet : sans lui, beaucoup moins d’Internautes livreraient leurs opinions, qui servent pourtant à nourrir le débat au sein de l’espace public, soutient Judith Donnath.

Une affirmation que ne contredirait pas Maître Eolas, que nous avions interviewé à l’occasion d’un débat sur l’anonymat en ligne :

« (…) nous ne portons pas notre carte d’identité en sautoir. Montesquieu et Rabelais ont écrit leurs pages les plus libres sous pseudonyme. Nous sommes leurs héritiers, et non ceux de Fouché. » 

Pour en débattre, c’est par  et pour lire l’article de Judith Donnath, c’est ici.

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