Nous avons besoin d’une armée de gens sachant coder ! share
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Nous avons besoin d'une armée de gens sachant coder !

1 juillet 2014

RSLN : Vous signez avec Corine Ehrel (PS) un rapport remarqué sur le développement de l’économie numérique. En matière d’éducation au numérique, quels sont les défis à relever ? 

Laure de la Raudière : La formation de tous aux usages du numérique est la clé de voûte de notre accompagnement des usages de la société. Les enfants à l’école, les adultes par la formation professionnelle… On ne doit laisser personne au bord du chemin, sous peine de faire de nouveaux exclus.

Mais il y a aussi un énorme enjeu de formation aux métiers de demain : il faut qu’on ait des acteurs de l’économie numérique. 65% des métiers qui existeront dans vingt ans n’ont pas encore été créés aujourd’hui. Notre éducation nationale doit donc apprendre aux enfants à être agiles, à se remettre en cause et à se former en permanence. Et il faut aussi que l’école éveille les enfants au code informatique : nous avons besoin d’une armée de gens sachant coder si on veut gagner la bataille du numérique face aux géants américains et asiatiques.

Enseigner le code à l’école, c’est le sens du projet de loi que vous avez déposé le 11 juin dernier avec une trentaine de députés UMP ?

C’est surtout l’éveil que l’on veut rendre obligatoire. Pour moi, c’est important que les enfants comprennent comment les applications qu’ils utilisent sont conçues afin qu’ils ne soient pas juste des consommateurs béats des nouveaux outils du numérique. Il faut aussi qu’ils comprennent que beaucoup de métiers de demain seront basés sur le code ou liés aux technologies numériques. Il faut qu’ils s’orientent vers les formations adéquates. Et puis le codage est aussi une excellente façon de développer sa logique, ce qui, dans une société de plus en plus complexe, ne peut pas faire de mal !

Concrètement, comment enseigner le code à l’école ?

Pour le primaire, je pense d’abord à une culture du code. Ensuite, on peut aller plus loin en adaptant par exemple les cours de Techno au collège. Est-ce qu’il ne serait pas temps de les transformer pour intégrer le développement informatique et numérique ? Vu l’enjeu, il faudrait peut-être moderniser ce cours pour le concentrer sur des choses qui seront plus opérationnelles pour les élèves, dans le monde dans lequel ils vont vivre.

On peut agir ensuite sur des filières plus spécifiques, comme la filière ISN qui crée une continuité avec le collège. L’idée est d’intéresser les enfants et de faire en sorte qu’ils soient beaucoup plus nombreux qu’aujourd’hui à s’orienter vers ces métiers.

Il y a aussi la question de la formation des enseignants. Vous proposez la création d’un capes et d’une agrégation.

Cela nous a été reproché. En fait, sur ces enjeux, il faudrait que l’Education nationale fasse une mission approfondie. L’idée, c’était d’avoir des professeurs et une filière de l’Education Nationale qui s’emparent de ce sujet, et prennent en compte l’irruption du numérique dans la société.

Institutionnaliser cet enseignement permettrait en tout cas de montrer son importance. Je tire la sonnette d’alarme ! L’instituteur peut être là pour guider les enfants, être un animateur. Mais la classe peut être enseignée par un cours à distance, un logiciel d’apprentissage du code… C’est à définir avec le ministère de l’Education, car j’imagine bien que les enseignants ne peuvent pas être au point du jour au lendemain. Nous avons discuté avec Benoît Hamon, du fond mais aussi de la forme, c’est-à-dire de la façon dont on peut rendre cet enseignement obligatoire dans toutes les écoles de France.

Quels sont les codes que vous envisagez d’enseigner à l’école ?

Je n’ai pas réfléchi à cette question, d’abord parce que ce n’est pas moi l’experte dans ce domaine : moi j’ai appris à coder exclusivement en assembleur, et cela, on ne va pas leur apprendre ! Tout ce chapitre mériterait une mission en tant que tel, à l’Assemblée Nationale ou ailleurs. Il faut monter un groupe de travail qui déterminera ce que l’on peut faire comprendre aux enfants en matière d’éveil au code, afin qu’ils ne restent pas béats devant un site internet. Il faut qu’ils puissent entrer dans le langage html, qu’ils comprennent ce que sont les images sur un site web… On a remarqué qu’il y a un enjeu colossal en matière de formation. Mais si on n’a pas creusé le contenu de l’enseignement, c’est aussi parce qu’il s’agit d’une prérogative de l’Education nationale.

En tout cas, la première politique publique à mettre en place, c’est la formation – à tous les âges. Au lycée, on n’apprend même pas à faire un CV. Pour moi, demain, chaque jeune devrait avoir son propre site internet, où il présente qui il est, ce qu’il fait… via une vidéo en ligne par exemple. Cela, il faut qu’il sache le faire. Et il faut qu’il comprenne comment la grammaire informatique est construite. 

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