Nouvelles technos : moins de travail, plus d’inégalités ? share
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Nouvelles technos : moins de travail, plus d'inégalités ?

27 août 2013

Les nouvelles technologies fragilisent-elles la classe moyenne ? C’est, en substance, ce qu’expliquent les professeurs d’économie David Autor et David Dorn dans les colonnes du New York Times. Selon eux, les emplois de catégorie intermédiaire seraient les plus susceptibles d’être remplacés par des machines. Ce qui limiterait les besoins en ressources humaines à deux catégories : des emplois à haut et à bas niveau de qualification. 

Depuis la révolte des Luddites, ces ouvriers du textile anglais menacés par l’apparition du métier à tisser, on sait que le progrès technique détruit des emplois. Si les destructions sont généralement compensées par la création de nouveaux métiers, la reconfiguration des professions est lente et des déséquilibres peuvent apparaître. En l’occurrence, les ordinateurs ont tendance à remplacer les humains dans les emplois basés sur des tâches répétitives et « mécaniques » – en particulier l’organisation, le stockage, la récupération et la manipulation de l’information. Ces tâches sont les plus répandues dans les emplois semi-spécialisés comme la comptabilité ou la gestion, une catégorie intermédiaire entre les métiers dits « créatifs », à haut niveau de qualification, et les emplois polyvalents peu qualifiés.

Le résultat, selon les auteurs ? La révolution numérique engendrerait une polarisation de l’emploi aux deux extrémités de l’échelle des qualifications, en réduisant les options et débouchés professionnels intermédiaires et en condamnant au passage toujours plus d’individus de la classe moyenne au chômage.

Les nouveaux artisans

« Comment pouvons-nous aider les travailleurs à surfer sur la vague du changement technologique plutôt que d’être submergés par elle ? », demandent les auteurs.

Si l’enseignement supérieur n’a jamais été un meilleur investissement selon eux, il serait loin d’être une solution globale. Logique, quand on sait que 65% des écoliers d’aujourd’hui pratiqueront, une fois diplômés, des métiers qui n’ont même pas encore été inventés : l’école de demain devra surtout leur apprendre à apprendre pour développer leur agilité.

David Autor et David Dorn suggèrent en tout cas d’orienter la formation professionnelle vers des emplois intermédiaires qui ne risquent pas d’être détruits par le progrès technique. Ce sont ceux qui restent très polyvalents et demandent trop de souplesse pour être réalisés par des machines, sans nécessiter pour autant l’apprentissage de connaissances très complexes. Articulant des tâches routinières avec, par exemple, une dimension relationnelle importante, ces professionnels sont appelés par les auteurs les « nouveaux artisans ». Leurs métiers ? L’entretien et la réparation, le service client… 

Pour mémoire, les deux universitaires ne sont pas les seuls à voir se dessiner une telle polarisation à l’ère Internet. Jaron Lanier explique également que l’essor d’Internet coïncide avec un accroissement des inégalités. La faute ne serait pas imputable au réseau des réseaux lui-même, mais à l’utilisation qui en est faite : selon lui, l’appropriation par les plus aisés des systèmes informatiques aurait joué le rôle d’un formidable accélérateur dans la course à l’information, créant des distorsions de plus en plus grandes entre les « haves » – ceux qui ont – et « haves nots » – ceux qui n’ont rien. Et sa solution ? Rémunérer les données personnelles que nous renseignons sur Internet pour redistribuer les richesses… et sauver ainsi la démocratie.

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