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Nuits Sonores : où la musique électro se vit en chair et en os

5 juin 2014

Depuis 12 ans, les Nuits Sonores, dont on vous parlait déjà l’année dernière, se tiennent à Lyon fin mai. Un rendez-vous immanquable de plusieurs jours pour les amateurs de musique électronique qui, d’une année sur l’autre, sont de plus en plus nombreux. Pratique musicale associée il y a encore peu au geek enfermé dans sa chambre, scotché à son écran d’ordinateur, et qui diffuse ses compositions sur Internet, l’électro déplace désormais les foules. Alors comment vit-on cette musique dans un festival qui rassemble des milliers de personnes ? Petite plongée au coeur des Nuits Sonores 2014.

Une musique qui se vit physiquement

Ce qui attire le public des Nuits Sonores, ce sont avant tout des humains en chair et en os. Parmi les visiteurs, certains avouent même volontiers ne pas connaître grand-chose en matière d’électro et faire avant tout le déplacement pour « retrouver des amis » et « se mettre dans l’ambiance ». Mais dans le train plein à craquer affrété spécialement pour l’occasion par la SNCF, il y a aussi de vrais passionnés, à l’image de Paul, qui ont des cibles bien précises en tête :

« On vient pour voir Trentemøller en live mais on ne sait pas si ce sera plutôt son côté chill ou entraînant qui dominera, il y a les deux dans sa musique » nous confie le jeune parisien, frustré jusqu’à présent d’avoir toujours raté les concerts de l’artiste dans la capitale.

Matière première de la création de ces DJ, le numérique dématérialise certes la musique, bouleversant ses chaînes de valeurs. Mais il la réincarne aussi dans des performances physiques toujours plus nombreuses et soignées – et c’est ce qui séduit ces aficionados. Marie, une autre parisienne déplacée pour l’occasion, soutient même n’aimer certains artistes que lorsqu’elle les voit en live :

« Pour ce qui est du trio Brandt Brauer Frick par exemple, leur musique est vraiment différente quand on l’écoute en ligne et quand on les voit sur scène, ça n’a plus rien à voir ».

Pour sûr, voir un DJ que l’on vénère sortir et ranger soigneusement, tour à tour, chacun de ses vinyles est autrement plus appréciable que de profiter de ses morceaux seul sous son casque. A plus forte raison lorsque derrière l’artiste sont projetées les performances vidéo hypnotisantes de AB/CD/CD et Partizan sur un écran géant, qui ne manquent pas d’amplifier l’intensité émotionnelle de l’expérience.

D’une « musique synthétique créée avec des machines », telle que définie par Laurent Garnier qui revenait sur les origines du mouvement musical dans L’Express, la musique électronique est devenue un spectacle, un art total. Les talents d’improvisation des artistes, leur capacité de communion avec le public et la scénographie des performances sont autant de raisons pour les festivaliers de se déplacer afin de vivre une expérience humaine et collective

De la création en direct et des oeuvres qui revisitent le réel

En dehors des concerts, c’est par le biais d’ateliers collaboratifs que la musique électro se vit aux Nuits Sonores. Une initiative en particulier a retenu notre attention : la conception en direct de morceaux à partir de « bruits de ville » proposée par Smart Battle.

Pour l’occasion, c’est le duo de frère lyonnais, Spitzer, qui a été sollicité. Smart Battle leur a alors proposé de concevoir des morceaux urbains à partir de sons provenant de samples téléchargés sur Internet. Intégrant les suggestions des visiteurs, les deux artistes ont produit une oeuvre faite de bruits de la ville : portières de voitures, bruits de jardins d’enfants, tonalité de métro… Faire de la musique avec « les moyens du bord », c’est ainsi que fonctionnent les deux artistes, qui confiaient en 2012 au magazine 90bpm avoir découvert les « machines », les logiciels de mixage, et donc la musique électronique un peu par hasard :

« On a commencé à envisager ce médium par pure considération technique. Les logiciels, c’était pratique. »

Anciennement membres d’un groupe de rock plus « classique », ils se sont, avec l’électro, un peu éloignés des instruments de musique traditionnels. Et si le clavier d’un piano portatif traîne encore sur un coin de table, c’est plutôt celui de l’ordinateur qui, pour l’heure, a gagné la bataille.

L’initiative de Spitzer était inspirée par un autre projet, également présenté lors de l’exposition : City Sounds. Des morceaux conçus sur le même principe par d’autres artistes et accessibles en exclusivité aux visiteurs du festival via des lecteurs Mp3 apposés aux murs. New York, Londres, Paris, Tokyo… chaque ville y dévoile son identité musicale, des cloches de nos églises aux emblématiques sirènes de voitures de la police de la grosse pomme. Et l’on n’est pas sans remarquer un dénominateur commun dans l’ambiance de ces 4 villes : les fragments de questions de touristes du monde entier, qui se perdent dans le rythme des morceaux.  

Davantage centrés sur la réutilisation d’éléments existants que sur la création ex nihilo, ces projets dressent une belle illustration du potentiel créatif de la musique électronique, qui propose en permanence de revisiter le réel et l’existant.

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