« Pay per laugh » au théâtre : doit-on rire des solutions techniques faciles ? share
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"Pay per laugh" au théâtre : doit-on rire des solutions techniques faciles ?

28 octobre 2014

Le Teatreneu, Théâtre comique de Barcelone propose une nouvelle formule pour conquérir son public et traverser la crise : grâce à des technologies élaborées de captation faciale, on paie en proportion du nombre de fois que l’on a ri. Dans la lignée des propos de son best-seller récemment traduit en français, Pour tout sauver, cliquez ici !Evgeny Morozov livre au Guardian une tribune au vitriol contre cette initiative, qu’il décrit comme symptomatique de la mystification contemporaine des technologies.

Au Teatreneu, théâtre comique de Barcelone, les sièges sont dotés de tablettes destinés à analyser les expressions faciales des spectateurs, qui devront payer 30 cents pour chaque rire. D’autres outils tels que des facilités de paiement via une application mobile ou la possibilité de partager leur selfie hilare avec des amis leur sont également proposés pour compléter leur expérience.

Mais cela ne fait vraiment pas rire Evgeny Morozov. Comme à son habitude, le chercheur s’attelle à démanteler les idées reçues et s’attaque au discours ambiant selon lequel la technologie n’aurait d’autre visée que celle de magnifier notre existence. Une croyance diffusée par la Silicon Valley, qui tend à sanctifier les opinions d’un Mark Zuckerberg et ou d’un Larry Page et porte en elle deux concepts particulièrement critiqués par Morozov : le solutionnisme et l’internet-centrisme

Morozov note que jamais autant de moyens n’ont été mis à notre disposition pour nous permettre de payer sans effort, que ce soit par le biais des smartphones ou d’inventions plus poussées, telles que le couplage entre carte d’identité et carte bancaire, bientôt proposé par le gouvernement nigérian. Tel est également le cas dans ce théâtre, censé promouvoir une expérience culturelle, mais qui collecte les données issues de chaque transaction pour les transférer à son partenaire, l’agence de publicité Cyranos McCann, en vue d’établir des profils destinés à être monétisés. Pourquoi s’en remettre à la technologie si celle-ci rend finalement l’art plus cher et en dénature l’expérience ?

Et le chercheur d’avancer cette idée : sachant l’impact encore méconnu que pourraient avoir les nouvelles technologies sur nos modes de vie ou interactions personnelles, rien ne justifie la culpabilité à ressentir de la réticence envers ces dernières, bien que soi-disant porteuses de progrès. 

Plus d’informations avec la tribune du Guardian et une vidéo-conférence d’Evgeny Morozov du 15 octobre dernier.

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