« ProNétaires » de tous pays, unissez-vous ! share
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« ProNétaires » de tous pays, unissez-vous !

10 février 2013

Saviez-vous que « crowdsourceur », c’est aussi un métier ? La division des tâches via Internet rend possible la création de grandes œuvres collectives, mais permet aussi de mutualiser la fabrication de services marchands. Des plateformes comme Amazon Mechanical Turk (AMT) ou MicroTravail.com en France se présentent ainsi comme de véritables marchés pour des petites tâches réalisées en ligne par un grand nombre d’internautes. Sauf qu’elles doivent encore s’organiser : c’est ce qu’explique le New Scientist.

Le phénomène étant très récent, cette forme de travail reste en effet peu encadrée, et le sort de toutes ces « petites mains » pose question : comment protéger les « pronétaires », cette nouvelle catégorie de micro-travailleurs rémunérés à la tâche, pour que le micro-travail puisse se développer dans le sens d’une véritable forme d’emploi alternative ?

> S’unir pour peser

À la base, la plateforme propose à un grand nombre de travailleurs de réaliser des tâches minuscules pour quelques centimes chacune, en les enrôlant dans un système « qui ne vous répond pas », explique Lilly Irani, chercheure en informatique à l’Université de Californie. Les Turkers, comme on les appelle, ne peuvent pas savoir si un offreur sera enclin à les payer rapidement pour leur travail, voire s’ils seront payés tout court, puisque leur travail peut être rejeté sans aucune explication. 

Pourtant, selon une enquête menée par Lilly Irani, 20% des crowd workers ont besoin de cet argent pour parvenir à « joindre les deux bouts », car le micro-travail est leur source principale de revenus. Le New Scientist rapporte que la chercheure et son collègue ont donc construit un système d’évaluation des employeurs pour remédier à cette absence de responsabilité. Leur Turkopticon permet aux Turkers de laisser des commentaires publics et de noter les « micro-employeurs » sur la base de leur accessibilité, de leur générosité, de leur souci d’équité et de leur rapidité à payer. 

> Des gratifications inspirées du monde du travail offline

D’autres plateformes ont déjà pris certaines de ces questions à cœur, comme MobileWorks, qui offre un bon nombre de garanties : salaire minimum lié au coût de la vie dans le pays du crowd worker, encadrement et coaching par des gestionnaires et options de progression dans la hiérarchie

Niki Kittur, de la Canegie Mellon University de Pittsburgh, raconte au New Scientist :

« Les crowd workers ont besoin de promotions et de bonus, mais aussi de la possibilité de porter ces gains avec eux de plateforme en plateforme comme une référence. Ainsi, ceux qui montreront qu’ils sont capables de réaliser des tâches plus compliquées à crowdsourcer pourront gagner davantage ».

> Des garanties insuffisantes ?

Le chemin reste encore long pour assurer à ces travailleurs des droits semblables à ceux des véritables employés. Même si le Turkopticon améliore quelque peu la situation des utilisateurs d’AMT, « il n’y a pas de congés payés, de congés maladie, ni d’arbitrages possibles si vous pensez avoir été traité injustement », rappelle Anne Midwinter, une microbiologiste à temps partiel qui a accompli 28 000 tâches sur la plateforme au cours des cinq dernières années. 

Tant que cette forme de travail ne sera pas véritablement encadrée, « ces efforts comptent peu », a déclaré au New Scientist Trevor Scholtz, de la New School University de New York : 

«Les gens se sont battus pendant cent ans pour la journée de travail de huit heures et les congés payés, et contre le travail des enfants. Tout cela est effacé dans ces environnements numériques». 

Pour lui, les crowd workers devraient former un syndicat transnational. Et pour le reste, il faudra attendre que les pouvoirs publics se mobilisent. Dans l’Oregon, la justice est déjà amenée à trancher sur un premier cas : une plainte contre la plateforme CrowdFlower, accusée de violer la loi américaine sur le salaire minimum fédéral.  

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