Protéger la vie privée au détriment de la sécurité ? Un faux débat. share
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Protéger la vie privée au détriment de la sécurité ? Un faux débat.

10 mars 2015

Si les activités exploitant des données personnelles génèrent des externalités négatives, leur régulation est elle-même source de défaillances, lorsqu’elle affecte d’autres éléments du bien-être social. La protection de la vie privée informationnelle contrarierait ainsi des enjeux sociétaux comme l’innovation, la santé publique et la sécurité intérieure. Considérons ce dernier enjeu social. Une trop forte protection des données personnelles restreindrait la capacité des services de renseignement à collecter des données utiles à la lutte contre la criminalité ou le terrorisme. Cependant, ces arbitrages seraient probablement vérifiés si la vie privée se limitait à une capacité des individus à contrôler leurs données conduisant à une restriction de leur circulation. Or, la notion même de vie privée est plus complexe à saisir si l’on s’interroge sur ses finalités. Vise-t-elle seulement à protéger légalement les secrets des individus comme il existe un secret des affaires ? Une telle finalité n’est guère satisfaisante en soi. D’autres enjeux prévalent comme le droit à ne pas être soumis aux sollicitations des autres, et plus fondamentalement, la préservation de l’autonomie individuelle, de la construction de soi en tant qu’être singulier. Appréhender ainsi la vie privée nuance fortement l’opposition entre vie privée et sécurité. L’esprit critique prévaut-il pour des individus plus conformistes, se sentant observés continuellement dans leur intimité ? Des auteurs comme Jack Hirshleifer et George Akerlof ont ouvert la voie sur ce type de réflexion en économie, mais les travaux dans ce domaine restent encore trop concentrés sur la vie privée conçue comme secret.

 

 

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