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Quand le web sert à organiser la contestation politique

12 octobre 2011

(illustration : Marko Rakar par personaldemocracy, flickr, licence CC)

RAPPEL – RSLN organise, mercredi 16 novembre, un après-midi d’échanges et de réflexions, intitulé « Du web en politique : que nous réserve 2012 ? » – toutes les infos pour vous inscrire sont là, et le programme détaillé est à retrouver au bas de ce billet.

En attendant, nous vous proposons un petit tour d’horizon des participants à l’évènement, en commençant par Marko Rakar, qui viendra nous parler de son expérience de bloggeur politique en Croatie.

Attention, personnalité atypique. Le parcours de Marko Rakar, aux croisées de la politique, de l’édition et d’Internet est riche, très riche.

Tout débute en 2004, lorsqu’il lance l’un des premiers blogs croates, blog.hr sur lequel il discute d’économie, de politique et des médias. Dans une blogosphère encore naissante, il devient rapidement l’un des auteurs les plus lus du net croate.

Mais tout bascule en fait en 2006. Son entreprise d’édition est soumise à un contrôle fiscal qui dégénère : pour lui laisser les reines de sa société, les inspecteurs lui réclament un pot de vin. Marko Rakar refuse.

La conclusion est sans appel : condamné à une lourde amende, il est obligé de mettre la clé sous la porte et de liquider sa société, pourtant prospère. Il décide alors d’accélérer son engagement en ligne et crée Pollitika.com, un site de blogging politique collaboratif. « Indépendant mais pas neutre », dit-il.

L’idée que Marko Rakar a derrière la tête est assez simple : il veut permettre à tous les internautes de créer un compte sur son site, et de se mettre à écrire rapidement et facilement, sur des thématiques politiques. Et cela en couvrant l’ensemble du spectre politique, sans porter d’idéologie particulière si ce n’est celle de l’ouverture, de la lutte contre la corruption et la transparence :

« L’objectif de Pollitika est de créer un endroit où les citoyens ordinaires peuvent discuter de politique et il y a un nombre important de citoyens engagés qui veulent le faire. Contrairement à Dailykos [NDLR : site américain au fonctionnement au principe assez proche mais clairement étiqueté « démocrate »], c’est ouvert à la gauche et à la droite. Je suis sûr que si nous commençons à discuter ensemble, nous trouverons, tôt ou tard, un terrain d’entente commun et ainsi construire quelque chose ensemble » explique-t-il.

Le site rencontre assez rapidement un certain succès mais c’est en avril 2009, deux mois avant les élections locales, qu’il prend une toute autre ampleur. Toujours dans sa quête pour plus de transparence, Marko Rakar publie une base de données présentant l’ensemble des électeurs croates. Il incite ses compatriotes à fouiller la base de données, à chercher des incohérences et à poster le résultat de leurs recherches sur Pollitika.

Le résultat de ce crowdsourcing citoyen est surprenant : en y regardant de plus près, les Croates se rendent compte que le nombre d’électeurs est largement supérieur au nombre de citoyens.

« C’est le seul pays du monde où le nombre d’électeurs dépasse le nombre d’habitants » explique Rakar prenant pour exemple une ville dans laquelle une même adresse « Dusina 0 » regroupe… 76% des électeurs locaux.

L’écart s’explique en partie par la présence de citoyens des pays voisins, la Serbie et la Bosnie essentiellement, qui jouent sur la porosité de la frontière pour profiter des avantages sociaux croates. Mais Marko Rakar montre que les autorités locales encouragent la pratique pour avoir des réserves de votes plus grandes et ainsi rester au pouvoir.

La pression médiatique est telle que l’affaire fait la première page des journaux croates pendant de nombreux jours, et lance un débat sur l’amendement de la constitution pour empêcher ce type de pratiques. Rakar y gagne au passage l’un de ses surnoms : « le révolutionnaire des données transparentes ».

Ce coup d’éclat vaut à Pollitika une place dans les dix finalistes des e-Democracy Awards de 2009 qui récompensent les projets les plus innovants en matière de démocratie en ligne, tandis que Marko Rakar se retrouve dans  « le Top 10 de ceux qui font changer le monde d’Internet et de la politique » du World e-Democracy Forum.

Un peu plus de deux ans plus tard, Pollitika.com est devenue une plateforme incontournable dans le paysage politique croate en ligne : avec plus de 4.000 blogueurs et utilisateurs enregistrés, produisant environ 2.000 posts par an, il attire chaque mois plus de 150.000 visiteurs uniques. Dans un pays comptant à peu près 2 millions d’internautes, son impact politique est donc (très) important, au point que Marko Rakar aime à rappeler, dans un sourire, que les utilisateurs les plus actifs sont sans doute ceux des services secrets croates :

« Nous avons fait beaucoup de choses pour que la politique s’intègre à Internet. Des questions soulevées sur le site se retrouvent dans les médias ou au Parlement, donc c’est un succès. Mais le site web n’est qu’une première étape, il faut aller au-delà. »

Ce qu’il ne manquera pas de nous détailler le 16 novembre prochain.

> Pour aller plus loin :

– « Cher internet politique …  » : notre invitation à la rencontre du 16 novembre, intitulée Du web en politique, que nous réserve 2012 ?
– Le programme des échanges du mercredi 16 novembre : 

 

RSLN - Du web en politique : que nous réserve 2012 ? 

– Tous nos articles sur le couple nouvelles technos – politique,
– Retrouvez notre enquête sur la progressive affirmation du phénomène e-démocratique, publiée en décembre 2009, mais qui reste largement d’actualité :

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