Quantified self dans l’entreprise : big bonheur ou big brother ? share
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Quantified self dans l'entreprise : big bonheur ou big brother ?

18 mars 2014

Pour rendre ses équipes plus productives et « permettre à ses employés d’apprendre les uns des autres », The Outside View, une société britannique a lancé un étrange programme fait de sport au bureau, de données et de quantified self. Zoom avec le Guardian.

Marcher au moins une demi-heure par jour, prendre les escaliers plutôt que l’ascenseur, adopter la bonne posture à son poste de travail pour éviter les dangers de la sédentarisation (l’immobilisation prolongée du professionnel face à son écran)… ces conseils de santé devraient intéresser tous les salariés, mais aussi les employeurs : une meilleure santé et une satisfaction maximale au travail sont aussi synonymes de productivité pour l’entreprise.

Alors que les capteurs trouvent de plus en plus volontiers leur place dans notre quotidien pour relever mille données sur notre vie et nos habitudes – et qu’un nombre croissant de personnes prennent la décision personnelle d’utiliser ces informations pour se surveiller – les entreprises, aussi, commencent à se tourner vers ces outils dits de « Quantified self » : au Royaume-Uni, la société The Outside View s’intéresse tellement à la santé de ses employés qu’elle leur a concocté tout un programme à base d’applications mobiles évaluant la qualité de leur sommeil ou ce qu’ils mangent au cours des repas.

Une application leur envoie même des notifications push sur leurs téléphones deux fois par jour, leur demandant de répondre à une série de questions – notamment, quel est leur degré de satisfaction, d’éveil ou de détente à cet instant. Les utilisateurs doivent également renseigner le contexte : où ils sont, avec qui (collègues ou famille, par exemple), s’ils sont en intérieur ou à l’extérieur et même ce qu’ils font. Cela permet à l’application de donner une analyse détaillée sur le moment où les employés sont plus heureux… et sur le genre de choses qu’ils pourraient vouloir éviter.
 

Profession : « Responsable du bonheur »

Buffer, une startup basée à San Francisco, a quant à elle équipé ses employés de bracelets connectés « fitness ». L’objectif ? « Travailler plus intelligemment, pas plus durement », avec le credo que « vous ne pouvez pas améliorer ce que vous ne mesurez pas », comme le mentionne au Guardian la Chief happyiness officer – ou « responsable du bonheur ». En plus de partager entre eux leurs données de santé au cours d’un rituel quotidien, les employés connaissent le salaire de chacun ainsi que l’algorithme qui les détermine. 

Le modèle de ces deux entreprises est-il à chercher du côté de la société idéale, soucieuse du bonheur de chacun ou de 1984, de Georges Orwell et son célèbre Big Brother ? Peut-être un peu des deux : prévoyant une salle de sport dans les locaux, pour l’une, et des lits superposés pour faire la sieste, pour l’autre, Outside View et Buffer font montre d’une rare attention envers le personnel et d’une conception véritablement innovante du temps de travail. Chez Buffer, où les employés sont libres d’adhérer ou non au programme de santé, on ne constate aucune défection – on notera qu’à Outside View, ils n’ont pas d’autre choix que de s’y plier.

D’un autre côté, les entreprises ont-elles vraiment besoin de s’intéresser aux facteurs de la qualité de travail de leurs employés, à partir du moment où le travail est bien fait ? La transparence intégrale est-elle une bonne valeur pour elles ? Quid de la vie privée, et à qui le pouvoir des données personnelles ? La tendance au Quantified self se développant, d’autres cas d’étude pourraient apparaître pour répondre à ces questions. En attendant, le Guardian évoque déjà ces cas où la récolte de données ne sert pas à améliorer la santé des salariés, mais à déterminer le ton de leur voix qui déclenche le plus de ventes, par exemple.

Pour en savoir plus, c’est par ici sur le Guardian (en anglais).

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