Que deviennent les « cités numériques » lorsqu’elles sont abandonnées ? share
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Que deviennent les "cités numériques" lorsqu'elles sont abandonnées ?

17 juillet 2014

Qu’advient-il des mondes virtuels après que les joueurs les aient délaissés ? C’est la question que se pose Laura E. Hall, auteure et « passionnée de culture digitale », dans un récent article sur The Atlantic.

Des lieux fruits de l’imagination 

Il y a quelques années, Laura E. Hall construisait des espaces virtuels dans des jeux multijoueurs de type Multi-User Dungeon (MUD). Aujourd’hui, elle revient sur les « ruines » de sa vie derrière l’écran pour voir ce qu’il est advenu des objets numériques qu’elle a échangés et des terrains qu’elle a aménagés. Elle a une expression pour décrire cette quête des lieux laissés à l’abandon, celui  » d’exploration urbaine «  (urbex ou encore « haikyo », s’agissant des lieux abandonnés du Japon). Lorsqu’elle se replonge dans le MUD à la Tolkien, l’univers lui est toujours aussi familier… à la différence près que, désormais, c’est quelqu’un d’autre qui possède l’endroit où elle avait installé sa maison. 

 » Je ne suis plus qu’une visiteuse « , précise-t-elle.

 

L’action du temps sur les « archipels numériques »

Que ce soit dans Second Life, lancé en 2003, ou dans GeoCities – un des premiers sites communautaires qui a permis à l’utilisateur des années 90 de créer ses propres pages web et où chaque communauté vivait fictivement dans une ville symbolique – ces territoires numériques correspondaient à de véritables terrains d’exploitation. Il s’agissait de tout bâtir, et en cela ils n’étaient plus simplement des mondes virtuels mais devenaient des biens réels, dotés d’une véritable valeur marchande et, dès lors, soumis à une appréciation compliquée de la propriété intellectuelle.

Aujourd’hui, des panneaux « à vendre » ou « à louer » sur les murs virtuels montrent, entre autres signes, que ces espaces de jeux se vident de leurs membres. D’autres ont été fermés, comme GeoCities qui a fait l’objet d’énormes travaux de collecte et d’archivage de ses contenus pour la postérité de son patrimoine.

De la sauvegarde des lieux délaissés avec des archivistes…

Laure E. Hall ne s’arrête pas à la simple description de ce qu’elle retrouve, mais veut revisiter sa première page d’accueil sur GeoCities pour savoir si elle peut vraiment tout déterrer. Elle cherche des anciens gifs et icônes pixel-art qu’elle avait produits avec d’autres propriétaires de pages de ce service d’hébergement web… mais impossible. Elle est alors face à un paradoxe : « dans ces communautés numériques tout serait facilement stockable à jamais, mais encore plus facilement complètement supprimable », lui explique Jason Scott, un militant et archiviste d’Internet qui a lancé lors de la fermeture de GeoCities une équipe dédiée à la préservation de l’histoire du web, l’Archive Team

Il faut travailler vite pour sauvegarder le plus d’informations possibles, afin de permettre à ce que d’autres puissent faire usage de ces zones désertées. Mais pour GeoCities aucun des archivages n’est à 100% complet : beaucoup de données ont été emmagasinées trop tard.

Mais si les pages ne s’affichent plus, cela ne signifie pas forcément qu’elles ont disparu pour toujours. Dans certains cas, elles sont simplement en restauration… « Votre page de gifs n’est donc pas partie, elle est juste dans un état quantique », précise Jason Scott pour répondre à la requête de Laura E. Hall.

… et la communauté 

Stewart Butterfield, cofondateur de Tiny Peck et Flickr, explique quant à lui à Laura E. Hall que c’est aussi la forte culture communautaire de ces plateformes qui permet souvent de retrouver et donner une seconde vie à ces territoires :

« Vous quittez votre propriété et peut être que vous n’êtes plus en contact avec elle, mais en fait ce réseau d’amis continue d’exister ».

Au bout d’un an, certains libèrent également leurs biens en les rendant publics sous une licence Creative Commons : un moyen d’éviter qu’ils tombent en ruines, de les rendre accessibles et exploitables. C’est aussi une manière de documenter les archives du web d’Internet Archivage pour en sauvegarder une mémoire collective.

Laura E. Hall termine son article en expliquant qu’il incombe à chacun de nous de nettoyer ses data pour laisser un héritage et donner sens à une partie de la condition humaine. Pour le lire en entier, c’est ici dans l’article de The Atlantic.

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