Que vaut (vraiment) un million de « like » ? share
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Que vaut (vraiment) un million de "like" ?

18 septembre 2013

Que vaut (vraiment) un million de « like » ? C’est la question posée par André Gunthert, historien et enseignant-chercheur en culture visuelle à l’EHESS sur son blog suite au succès fulgurant de la page Facebook de soutien au bijoutier de Nice. Pour lui, la prise de recul s’impose.

Plutôt que de succomber aux sirènes d’une « nouvelle Babel statistique » alimentée notamment par des datavisualisations et infographies qu’il juge trop souvent composées de chiffres opaques ou partisans, André Gunthert rappelle avec Olivier Ertzscheid que « le like a sa propre logique : une logique d’empathie distante ou de fausse proximité (qui) abolit toute réflexivité, toute distance ». Loin des lynchages par la foule qui ont marqué l’Histoire, c’est une colère qui reste virtuelle et théorique et ne fera pas pour autant descendre des dizaines de milliers de personnes dans la rue – lundi 16 septembre, une manifestation physique de soutien au bijoutier n’avait par exemple réuni qu’un millier de personnes.

Le million de « fans » de cette page serait plutôt un signe supplémentaire de la montée en puissance d’un Internet social de masse :

« A considérer le réseau social pour sa propriété essentielle, sa dimension conversationnelle, peut-on s’étonner que ce qui s’exprime au zinc, dans la familiarité et la chaleur de l’entre-soi, trouve écho dans l’asile d’un commentaire ? »

Quoi qu’il en soit, « personne n’est capable aujourd’hui de fournir une évaluation objective de cette manifestation ni d’en mesurer exactement l’importance », convient-il (l’observateur des mouvements de protestation de juin dernier au Brésil lui donnera raison sur ce point) avant de suggérer que « nous nous trouvons face à une manifestation exemplaire, significative et probablement annonciatrice de nouveaux équilibres politiques et civiques ».

De nouveaux équilibres qu’il faudra néanmoins apprendre à apprécier dans leurs formes d’expression nouvelles :

« Nous avons appris à interpréter les formes revendicatives quand elles s’expriment de manière ritualisée et organisée, comme les slogans repris collectivement pendant une manifestation. Une collection inorganisée d’énoncés individuels demande un travail d’observation plus développé, mais il est clair qu’il s’agit d’une ressource sans équivalent pour une compréhension approfondie de ce qui anime les populations. »

A la fin de l’article, le chercheur développe l’idée que la « démission des élites », plus qu’Internet ou le Front National, seraient la cause d’une telle émotion collective : « le premier n’est qu’un vecteur, le second un symptôme des tensions qui restructurent l’individuel et le collectif. »

Pour lire l’article dans son intégralité, c’est par ici, sur le site d’André Gunthert !

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