Quelle place pour la créativité dans l’univers du jeu vidéo ? Rencontre avec Sam Lake share
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Quelle place pour la créativité dans l'univers du jeu vidéo ? Rencontre avec Sam Lake

3 février 2016
Max Payne, Alan Wake et bientôt Quantum Break… Sam Lake, scénariste et Creative Director de Remedy Entertainment, met sa créativité au service de la production de jeux vidéo. Mardi 2 février, il a fait part de ses méthodes et recettes pour un jeu vidéo réussi à l’occasion d’un Digitalk, réunissant des spécialistes du secteur, à l’initiative de Marc Jalabert, Directeur Général Grand Public de Microsoft France. RSLN était présent.

Au moment de créer un jeu, essayez-vous de cerner les attentes des gamers ou vous contentez-vous d’imposer vos propres standards ?

Sam Lake : Selon un vieil adage que je m’efforce de respecter, « si le public pense savoir ce qu’il veut, il s’agit surtout de trouver le moyen de le lui donner par surprise ». Il faut donc avoir ces deux aspects à l’esprit pour que le jeu plaise. Il est ainsi vraiment pertinent de s’adonner à de l’user testing, à savoir le fait de faire venir des groupes de joueurs pour qu’ils testent les fonctionnalités du jeu et nous donnent leurs feedbacks.

Nous n’avons pas pu le faire à l’époque du lancement de « bullet time » mais c’est désormais devenu une pratique récurrente. Nous recueillons en moyenne des dizaines de réponses qui nous permettent de ne pas passer à côté des attentes des joueurs.

Je pense qu’il est néanmoins important de ne pas se fier uniquement à leurs feedbacks mais de croire en sa propre vision et dans le fait qu’elle plaira au public. Les décisions artistiques et créatives doivent certes s’inspirer des retours des joueurs ne pas en être dénaturées pour autant.

Quels sont les points auxquels vous accordez le plus d’attention pour tenir les joueurs en haleine ?

La complexité du personnage, de l’intrigue, l’avancée de l’histoire… Un jeu réussi est une combinaison de tous ces éléments. Le plus important étant que ces derniers forment un ensemble cohérent, et qu’aucun d’entre eux ne contredise les effets de l’autre. L’expérience doit être immersive, ce qui passe par un bon storytelling, une bonne définition des personnages et le fait de s’assurer que le tout soit vraisemblable.

Pour tout concepteur de jeu, se pose également la question de savoir ce qui pourrait manquer au joueur. A ce titre, je trouve l’idée de mystère et d’exploration essentielle et j’essaie de l’intégrer à mes jeux. Cela procure un sentiment agréable à ceux qui parviennent à relever les défis imposés dans le jeu.

Gare cependant à bien doser la complexité de ces défis, car il est difficile de rester motivé quand son personnage meurt 5 ou 10 fois d’affilée ! Il est pertinent de challenger les joueurs et de leur mettre des bâtons dans les roues mais une quête trop longue et trop ardue peut s’avérer lassante et décourager…

Comment fonctionnez-vous pour maintenir la créativité ? Avez-vous des process spécifiques ?  

Tout repose sur la collaboration. Il y a évidemment besoin d’avoir des experts pointus dans leurs domaines de spécialité au sein du groupe pour que le projet puisse avancer. Mais il me semble surtout incontournable de favoriser une communication entre toutes les équipes, qu’il s’agisse de celle qui conçoit le scénario, l’environnement du jeu, les niveaux ou encore les outils technologiques utilisés – car nous avons recours à une majorité d’outils conçus en interne, par des équipes dédiées.

Il nous est arrivé que l’équipe chargée de la création des niveaux nous explique que le scénario demandé ne pouvait pas se conformer aux contraintes du jeu. Dans ce cas, ils revenaient vers nous avec une nouvelle approche qui permettait de trouver un compromis entre nos attentes et les contraintes à respecter. Il me semble important que tout le monde puisse contribuer et critiquer en permanence, tout au long du processus de création.

 

 

Durant ce Digitalk, vous expliquiez que les jeunes « biberonnés aux jeux vidéo » seraient particulièrement créatifs. En quoi le fait d’être adepte des jeux vidéo est-il selon vous propice à une meilleure créativité ?

Je pense que le fait d’être habitué aux jeux vidéo permet d’avoir des éléments clé en main pour imaginer des productions médias. Avant, il existait bien sûr déjà des jeux qui stimulaient la créativité, à l’image des Lego, pour ne citer qu’eux. Mais ce qu’apporte le fait d’évoluer dans un monde virtuel est une certaine libération par rapport aux contraintes habituellement rencontrées dans le monde physique, ce qui permet donc d’évoluer dans des circonstances différentes et de s’affranchir de modèles déjà connus.

Je tire moi-même mon inspiration des jeux vidéo, tout comme l’ensemble de mes collaborateurs chez Remedy, et je m’efforce de leur présenter des jeux qui me semblent pertinents pour que nous échangions sur leurs principaux concepts. Mais il y a tant de gens passionnés par le jeu ou par le fait d’en découvrir de nouveaux qu’ils vont d’eux-mêmes vers ces contenus pour les partager avec l’équipe et qu’il n’y a même plus besoin de les encourager.

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