Santé : l’analyse des données pour une assurance différenciée ? share
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Santé : l'analyse des données pour une assurance différenciée ?

4 août 2014

Et si les données nous permettaient d’améliorer les soins des patients tout en optimisant les coûts ? C’est le pari qu’a fait le Centre Médical de l’Université de Pittsburg (U.M.P.C.), qui anticipe désormais les besoins médicaux de ses patients en utilisant leurs données issues d’analyses marketing. Explications avec le New York Times.

Analyser les comportements d’achat des patients

L’enjeu est de taille pour le réseau de l’U.M.P.C. qui compte des hôpitaux dans toute la Pennsylvanie, et un plan d’assurance santé qui rassemble environ 2,4 millions de membres. Parmi les pionniers d’un nouveau domaine appelé l’analyse de santé prédictive, le plan santé du centre médical s’appuie sur les données des comportements d’achat de ses patients (prescriptions, etc.) et les différentes caractéristiques des ménages (revenu mensuel, niveau d’éducation, statut martial, nombre d’enfants etc.) pour développer un système de soin plus efficace.

L’objectif : déterminer des corrélations entre les comportements d’achat sur Internet et la fréquence à laquelle un patient se rend dans un service d’urgence, pour ensuite permettre une meilleure allocation des ressources cliniques et optimiser les coûts tout en garantissant la qualité des soins pour le patient. 

Ce nouveau plan de santé segmente donc les patients selon les différents « paniers d’achat » et leur assigne des coordinateurs de soin selon leurs risques et potentielles pathologies (maladies chroniques ou mauvais suivi…). Selon Pamela Peele, responsable des données scientifiques des services d’assurance de l’U.P.M.C., l’objectif est que l’assureur puisse orienter ses patients vers des médecins les plus en adéquation avec les différents soins dont ils ont besoin, afin d’offrir un meilleur traitement et éviter des visites épisodiques (et coûteuses) aux urgences.

Le système peut par exemple identifier les patients asthmatiques qui courent de forts risques et qui n’ont pas bénéficié d’une prescription d’inhalateur, pour ainsi gérer leurs soins avant qu’ils ne fassent une crise d’asthme et ne finissent à l’hôpital.

Une remise en cause de l’égalité de traitement ?

Si le service vise l’efficacité en termes de gestion et de meilleur suivi des patients, il ouvre certaines voies jusque-là inexplorées, ce qui n’est pas sans soulever plusieurs questions. De fait, l’intégration de l’analyse de données marketing dans la santé et les assurances pourrait conduire à un traitement différencié des patients en fonction de leur passé médical, de leurs conditions de santé, du calcul d’un risque associé à une pathologie, voire à leurs revenus. L’on imagine aussi, du côté des patients, une utilisation de ses données personnelles en vue de négocier son contrat d’assurance : les données sont alors autant d’arguments pour des revendications financières inéluctablement différenciées selon les cas.

La justice sociale, telle que définie par l’un de ses plus grands théoriciens, John Rawls, est-elle remise en cause par ces évolutions ? Les principes d’équité et impartialité qui la sous-tendent requièrent que la coopération sociale se fasse par un seul acte collectif, et que « personne ne soit avantagé ou désavantagé par le hasard naturel ou par la contingence des circonstances sociales ». En tous les cas, ce « voile d’ignorance », abstraction qui permet de garantir les soins au plus grand nombre de patient en faisant mine de ne pas connaître d’informations à leur sujet, est précisément à l’opposé d’un système d’assurance piloté par les données personnelles.

Pour en savoir plus, c’est ici dans le New York Times. 

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