Science-fiction et dystopies : un remède nécessaire pour faire face au progrès technique ? share
back to to

Science-fiction et dystopies : un remède nécessaire pour faire face au progrès technique ?

20 août 2014

« Oui, c’est vrai, le futur nous fait flipper ! » C’est ainsi que le journaliste Devon Maloney commence son article dans The Atlantic en référence au titre pop-punk « The Future Freaks Me Out » du groupe Motion City Soundtrack. Une façon d’amener son lecteur sur le terrain du courant littéraire de la dystopie (ou contre-utopie). Entre monde apocalyptique et évolution terrifiante de la société, on ne compte plus les livres appartenant à ce genre… à tel point qu’il a suscité récemment des inquiétudes sur l’impossibilité contemporaine de l’utopie, comme celle de son confrère Michael Solana qui titrait le 8 août : « Arrêtez d’écrire de la science-fiction dystopique, ça nous rend tous craintifs à l’égard de la technologie ». Un avis qu’il ne partage pas et réfute. Récit.

Vous avez dit « fiction » ?

Avec l’étendue de la surveillance, le nombre d’applications et de data détaillant minute par minute toutes les facettes de notre vie, notre quotidien serait dominé par la technologie. Ces données contemporaines sont un véritable terrain d’exploitation pour les auteurs de science-fiction dystopique. Cédant à la tentation de les exhiber et de les exacerber, ces anti-utopistes « sont responsables de nos craintes envers les nouvelles technologies », estimait Michael Solana dans un billet du 8 août. Une rhétorique troublante pour Devon Maloney.

Tout d’abord, ce genre se situerait à l’’interaction de la fiction et du réel : « la fiction imite ce qui est réellement ressenti comme état dans le monde, donc si ça commence à inquiéter, et bien, c’est que notre monde est effrayant », précise-t-il. Ainsi la dystopie n’appartiendrait pas qu’aux extrapolations imaginatives des auteurs.

Ensuite, selon le think tank Pew Research cité par Wired, les individus n’ont pas peur de la technologie. En effet, 59% des interrogés ont rapporté qu’ils se sentaient optimistes sur le futur dans son ensemble, bien que les femmes (51%) soient beaucoup moins sereines que les hommes (67%).

C’est seulement lorsque l’on regarde de plus près ce que signifie le futur que l’on voit poindre un sentiment de méfiance vis-à-vis de la technologie. Ceux sont des questions relevant de l’éthique, à l’image de la modification du code génétique, des nouveaux organes synthétiques, etc. Des questionnements incontournables face au progrès technique, notamment dans le domaine de la santé tendant à réparer et augmenter toujours plus l’humain.

Une satire du monde nécessaire

Mais cette inquiétude viendrait de la façon dont on utilise la technologie, et non de la technologie en elle-même. La dystopie est apparue pour la première fois il y a cent ans, à mesure que le sujet commun s’éloignait de la littératie technique, de son appréhension, et de la capacité à pouvoir la contrôler ou l’exploiter. 

La satire de notre monde sous cette forme littéraire est donc née avec le besoin de mettre un visage sur l’évolution rapide que produit le chambardement technologique. Sa vocation serait de nous mettre en garde contre l’inconscience des hommes. Pour Devon Maloney, elle apparaît donc comme un instrument critique et diagnostique de la société : il s’agirait de s’en servir comme un véhicule cathartique, à l’image des tragédies grecques de Racine, afin de poser des mots sur ces choses impalpables causées par le flux incessant des novations.

A l’heure de l’accélération du progrès technique, on ne pourrait donc se passer de la dystopie, véritable miroir critique de nos temps modernes.

Pour en savoir plus, c’est ici dans l’article de Wired.

Chaque semaine,
recevez les immanquables
par email