Stressants, nos amis Facebook ?

11 janvier 2013

Etre lu quotidiennement par des centaines d’amis, quel stress ! C’est ce que souligne un récent rapport de l’Edimburgh Business School relayé par Mashable : plus vous avez d’amis sur les réseaux sociaux, plus vous risquez d’être angoissé à cause d’eux.

C’est à la fois inattendu et ironique : il s’agit tout de même de vos amis ! Mais en fait l’explication est assez simple : plus votre audience est large, et plus augmente le risque que ce que vous écrivez offense l’un de vos lecteurs. C’est notre souci de la bienséance et des convenances qui se retrouve embrouillé, par le fait que nous sommes souvent amenés, sur les réseaux sociaux, à publier des photos et des messages qui pourront être vus de gens très différents : aussi bien par nos amis proches, que par les membres de notre famille ou nos collègues…

Comme on s’en doute, l’apparition de ce symptôme a quelque chose à voir avec la progression de Facebook comme outil social universel : 

« Au départ, Facebook était comme un lieu où vous pouviez faire la fête avec vos amis, explique Ben Marder, l’un des auteurs du rapport. Mais à présent que vos parents et votre patron y sont aussi, c’est une source d’angoisse potentielle »

Autrement dit, on serait passé d’un endroit intime à un lieu où l’on ne pourrait écrire quasiment que ce qu’on serait prêt à dire au monde entier… Car s’exprimer sur Facebook, à présent, c’est un peu comme si vous invitiez vos parents, votre vieille tante, vos amis d’enfance et votre patron à la même soirée !

En effet, une étude récente montre que 80% des parents ont ajouté leur enfant sur Facebook… et la moitié d’entre eux ont même déjà posté des messages sur son profil ! Dans le même temps, 37% des employeurs déclarent qu’ils consultent le profil Facebook de leurs futurs collaborateurs avant l’embauche. Ici donc, deux univers très séparés dans nos vies se télescopent… 

> En ligne, sept facettes de notre vie se téléscopent 

Et encore, il ne s’agit là que d’un cas typique. Car la réalité est encore plus complexe : ce que révèle l’étude, c’est qu’en moyenne, les utilisateurs de Facebook sont amis avec des personnes issues de sept milieux sociaux différents ! Et l’angoisse naît lorsque nous prenons conscience que le réseau social mélange tout cela.

Car bien entendu, dans la « vraie vie », on ne se comporte pas de la même manière avec toutes ces personnes de notre entourage… Pour le sociologue Georg Simmel, la possibilité de cultiver une identité plurielle, « prismatique », et de montrer différentes facettes de sa personne à différents groupes sociaux, c’est ce qui fait la liberté de l’habitant des (grandes) villes. En cela, l’homme cosmopolite est privilégié par rapport à l’individu vivant en milieu rural, qui sera plus « contraint » dans ses relations sociales.   

Alors, est-ce à dire que les réseaux sociaux restreignent notre liberté ? Le problème, c’est en tout cas que Facebook a tendance à « unifier » son traitement de nos relations sociales – justement sur le modèle d’un village. Si ce mélange peut sembler stimulant au premier abord, il a en réalité un coût : on risque d’y perdre tout le bénéfice de l’application que nous mettons, par exemple, à nous montrer fantasque avec nos amis proches, et sérieux au travail… car il s’avère bien difficile de cultiver une identité en ligne unique qui puisse satisfaire les attentes de tout le monde.

Bien entendu, le réseau social offre des fonctionnalités pour résoudre ce problème : les listes permettent de filtrer ce que nous voulons dire à chaque catégorie d’amis. Mais ce traitement reste complexe à l’usage, et ce que révèle l’étude d’Edimbourg, c’est qu’un tiers seulement des utilisateurs y ont recours.

Alors, comment réconcilier notre vie en ligne avec notre existence hors-ligne ? Pour Mashable, cela se fera progressivement, au fur et à mesure que les réseaux sociaux s’adapteront à leurs utilisateurs… et que ceux-ci s’adapteront à eux.

Mais au-delà, peut-on y trouver l’opportunité de cultiver une nouvelle façon d’être soi ? Les plus jeunes grandissent actuellement dans cet univers hybride. Comment les nouvelles conceptions de l’identité que développe cette génération vont-elles transformer la société, à commencer par l’éducation ou le travail ? L’histoire ne le dit pas encore.

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