Travail, emploi, numérique : ce qu’il faut retenir du rapport du Conseil national du numérique share
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Travail, emploi, numérique : ce qu'il faut retenir du rapport du Conseil national du numérique

8 janvier 2016

Revenu universel de base, lutte contre les abus de l’économie collaborative et formations plus poussées au numérique : quelles recommandations orienteront les réflexions du Ministère du Travail en 2016 ? Alors que le Conseil National du Numérique (CNNum) vient de remettre un imposant rapport de 206 pages à la ministre Myriam El Khomri, RSLN fait le point sur ses propositions phares.

Il est « indispensable d’affirmer que la période que nous traversons est celle d’une évolution systémique, exceptionnelle et rarement connue dans l’histoire de l’humanité« , souligne d’emblée le rapport. Face à la « révolution numérique » qui chamboule le monde – et celui du travail en particulier -, un collège d’experts s’est réuni autour d’une cinquantaine de concertations et d’ateliers de travail pendant un an.

C’est donc le fruit des réflexions du philosophe Bernard Stiegler, du délégué général de la FING Daniel Kaplan ou encore d’organisations comme le SYNTEC, la CGT ou Pôle Emploi qui a été restitué au travers de 20 recommandations, réparties en 6 axes thématiques. Morceaux choisis.

Les trajectoires professionnelles hybrides

Si l’instabilité de l’emploi a été – et continue d’être – souvent subie, elle est aussi devenue un mode de vie propre à une nouvelle économie : 

« Quand on parle de génération de « slasheurs », je pense que c’est une génération dont les parents ont connu le chômage et qui veulent avoir un mi-temps, ou deux boulots. Comme ça, si l’un est perdu, il y en aura un autre, et puis, ce deuxième job donnera peut-être plus de sens », note Benoît Thieulin, président du CNNum dans l’Obs.

Et ces professionnels « hybrides » restent, selon le rapport, encore trop souvent incompris – notamment du côté des administrations qui ne facilitent pas toujours la pluri-activité ou la transition professionnelle. Certaines formes de travail non rémunérées, directement liées à la création de lieux associatifs, d’innovations et de biens communs sortent encore du scope des institutions. 

Fluidifier, faciliter, valoriser sont donc les mots-clés des 6 recommandations qui concernent les multitaskers, et la principale nouveauté réside dans la proposition d’un droit à la contribution – qui reconnaîtrait la participation d’un travailleur en dehors de son activité principale.

Les nouvelles relations de travail 

Les plateformes collaboratives génèrent une grande valeur, mais en captent aussi une plus ou moins grande partie qui n’est pas toujours redistribuée de façon équitable. Selon Benoît Thieulin : 

« Beaucoup de jeunes ont accès à un travail, grâce à cela, mais ils sont dépendants économiquement de plate-formes collaboratives. Si on n’encadre pas leurs droits, on aura sur le long terme des générations de précaires. »

Sans poser de principe clair, la recommandation 8 insiste ainsi sur la nécessité d’un encadrement des plateformes, en leur reconnaissant par exemple des obligations proches de celles que peuvent avoir certains employeurs du point de vue de la loi. 

Mettre la formation en mouvement

Anticiper un monde où les robots prennent nos emplois : c’est l’une des réalités auxquelles l’Éducation de demain devra être préparée. La recommandation 13 propose ainsi de pousser encore plus loin la refonte des systèmes éducatifs actuels, allant jusqu’à parler de « refondre le design pédagogique de la formation continue« , par le biais de tiers-lieux ou encore d’intégration d’acteurs de l’innovation aux cursus.

C’est aussi le système de validation des acquis – notamment avec l’apparition des MOOCS– qui commence à être (timidement) abordé.

Négociations collectives, dialogue social

Le numérique instaure aussi de nouveaux modes de travail : multitasking, connexion permanente à sa vie professionnelle via les smartphones… 3 propositions s’attèlent ainsi à avancer des moyens de discussion autour de ce changement de paradigme professionnel, en s’inspirant notamment de certains outils de la démocratie participative et numérique.  

L’idée d’un revenu universel de base à l’étude

Face à l’automatisation massive du travail et à ses conséquences sur l’emploi, la CNNum envisage la solution d’un revenu de base. Si l’idée est avancée avec prudence, c’est pourtant celle qui a le plus retenu l’attention des commentateurs, en ce qu’elle est l’une des recommandations les plus poussées pour s’attaquer aux problèmes structurels que peut poser « l’uberisation » pour des travailleurs précaires.

« Pendant très longtemps, j’étais très perplexe sur le sujet. On en parlait dans des réunions de barbus, type économistes écolos qui, en revenant du Larzac, ont dit : « Mettons tout ça en place ! » Je n’étais pas vraiment convaincu. Mais aujourd’hui, ça réinterroge tout. », explique Benoît Thieulin à Rue89.  

 Est-ce cette dernière proposition que retiendra le débat ? À suivre.

 

Pour retrouver l’intégralité du rapport et de ses propositions, c’est ici.

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