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Twitter, Wikipédia... comment l'Iran censure Internet

14 novembre 2013

C’est une conversation surréaliste qui s’est tenue le premier octobre dernier entre Jack Dorsey, CEO de Twitter, et le Président iranien Hassan Rouhani via leurs comptes Twitter. Réagissant à la soudaine activité de ce dernier sur le réseau social, alors que Twitter est bloqué en Iran, l’entrepreneur lui a demandé : « monsieur le Président, est-ce que vos citoyens peuvent lire vos tweets? ». Ce à quoi l’Homme d’Etat à répondu qu’il consacrait tous ses efforts à concrétiser cela sous peu…
 

Outre qu’il a fait couler beaucoup d’encre sur l’avènement de Twitter comme outil de soft power, voire comme un véritable nouveau lieu de la diplomatie, cet échange a donné à tous les partisans de la démocratie un nouvel espoir : pouvoir rayer prochainement l’Iran des pays brimant la liberté d’expression à travers la censure d’Internet.  

C’est tout de même sans compter les multiples façons par lesquelles l’Etat Iranien restreint l’accès de ses citoyens au Réseau des réseaux, et que nous détaille Pandodaily. Collin Anderson, un chercheur qui étudie la liberté d’Internet en Iran, s’est par exemple intéressé à Wikipedia en langue persane, que l’Iran censure de deux façons : en bloquant des URL ou des mots-clés. Quoi de mieux en effet, pour comprendre exactement ce qui dérange un Etat, que de lister les pages Wikipedia auxquelles il s’attaque ?

Sur les 317 000 articles en persan que compte Wikipédia, les quelque 963 pages bloquées par le régime donnent ainsi une image assez fidèle des démons de l’Iran : les sujets liés à la sexualité, aux LGBT, aux Droits de l’Homme sont systématiquement inaccessibles, ainsi que certains sujets politiques – les réformistes, ceux en opposition avec les valeurs du régime, mais aussi toutes les mentions du mouvement de protestation autour des élections de 2009… (un mouvement que l’on avait qualifié de « première révolution Twitter », avant de s’apercevoir que la plupart des tweets de soutien émanaient de la diaspora iranienne dans le monde entier et non des locaux, massivement privés d’accès au réseau). 

Ce type de censure n’est pas le seul pratiqué en Iran : depuis 2006, la vitesse de connexion est artificiellement limitée à 128kbps par le gouvernement – à moins que vous puissiez obtenir un document certifiant que vous avez besoin d’Internet pour un usage professionnel. Selon le chef de la police iranienne, 28 à 30% de la population du pays utilise des outils de contournement (réseaux privés virtuels, procurations) pour contourner cette censure afin d’aller, par exemple, sur les médias sociaux – ce qui rend l’interdiction difficile à appliquer. Mais ils sont aussi nombreux à terminer l’aventure en prison, et ceux qui vendent ou fournissent ces solutions sont parfois condamnés à mort pour des motifs arrangés, comme « l’atteinte à la sécurité nationale »

Si l’Iran lâchait prochainement du lest sur son contrôle de l’Internet, espérons donc que cela ne concernera pas que Twitter. Pour en savoir plus, vous pouvez consulter les résultats de l’étude en infographies sur le site de Pandodaily.

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