Un bon film, c’est d’abord un paquet de données ? share
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Un bon film, c'est d'abord un paquet de données ?

21 août 2013

Vous voulez faire un bon film à 150 millions de dollars ? Alors mettez-y : un mariage dans un bateau de croisière, un ex jaloux… non non, pas comme ça, le mariage ! Les précédents films qui en ont mis un en scène l’ont présenté… comme cela, voilà, et ça avait super bien marché.

Imiter les recettes des films à succès ? C’est une technique comme une autre, lorsque vous êtes un gros producteur hollywoodien et misez très gros sur un script. Pour ne pas risquer de perdre l’argent investi dans un navet, les données prédictives basées sur les succès précédents sont une mine d’or qu’Hollywood ne rechignerait plus à exploiter.

Du moins, c’est SAP, une société de conseil en intelligence économique spécialisée – justement ! – dans l’analyse de données, qui l’affirme dans un billet sponsorisé sur Business Insider :

« L’analyse prédictive peut donner aux réalisateurs la possibilité de prendre de meilleures décisions et avoir une meilleure idée des recettes de leurs films avant même qu’ils ne soient produits. Cela pourrait signifier moins de navets et plus de films que le public a envie de voir ».

Alors, demain, le grand public pourra-t-il massivement cofinancer des films pensés pour lui par un super-ordinateur, jusque dans les moindres détails ? Dans la littérature, un algorithme permet déjà d’automatiser un travail d’écriture stéréotypé, au rythme de 20 minutes par scénario, pour réaliser industriellement des livres à succès. Pas sûr que ce soit la solution aux défis de la culture à l’heure du numérique.

Mais qu’elles servent à connaître le lieu des prochains crimes, à savoir où l’on doit placer son argent ou même à connaître le moment d’une troisième guerre mondiale, on prête décidément aux big data de fantastiques pouvoirs. L’idée qu’avec suffisamment de données sur le passé et le présent, on puisse prévoir le futur n’est pas le plus récent des mythes liés à la révolution numérique. Certains en étendent même la logique à la simulation du monde dans sa totalité, pour prendre systématiquement les décisions les plus sages. Mais en n’envisageant le futur qu’à l’aune du passé et en se laissant diriger par les algorithmes, quelle place laisse-t-on à la création de choses nouvelles, et aux tâtonnements qui sont le vrai moteur de la créativité ?

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