Un ordinateur pour chaque enfant hospitalisé share
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Un ordinateur pour chaque enfant hospitalisé

21 juin 2013

Pour des enfants, le temps d’une hospitalisation peut être long. Et pour trouver à s’occuper ou garder le contact avec amis et famille c’est parfois très compliqué. L’association Docteur Souris l’a bien compris et permet grâce à son activité de fournir des ordinateurs portables à des enfants hospitalisés. L’association vient de fêter ses dix ans le 13 juin dernier, l’occasion d’aller à la rencontre de son président et fondateur, Roger Abehassera. Et de revenir sur le parcours de l’association, les projets déjà installés et ceux en cours d’élaboration.

L’association existe depuis maintenant dix ans. Comment est-elle née et quel message fait-elle passer auprès des jeunes patients et des adultes (parents et personnels soignants) ?

Notre mission c’est d’apporter un ordinateur et un accès sécurisé à chaque enfant hospitalisé. Il nous aura fallu dix ans pour faire passer un message aussi clair, mais pour la plupart des choses, il faut du temps pour faire mûrir les idées. La première fonction de Docteur souris, c’est de permettre la communication entre l’enfant, ses parents et ses amis. Ils peuvent s’occuper et se divertir, communiquer ou limiter la perturbation provoquée par l’arrêt de l’école puisque leur cycle scolaire est souvent interrompu. S’ils sont suffisamment en forme, ils peuvent travailler et limiter le décalage quand ils retournent à l’école.

Cette année, pour nos anniversaire, nous nous étions donné un challenge : dix nouveau projets en dix mois, dé-multipliables et correspondant à une vraie demande. Mais le frein est double : les financements et, paradoxalement, les retards de certains personnels hospitaliers, qui, même s’ils sont convaincus, ont parfois encore très peur de l’ordinateur. Récemment en présentant le système dans un hôpital plutôt moderne, je leur disais que le référent Docteur Souris avait la possibilité de modifier le profil d’accès Internet de chaque enfant en quelques clics. On m’a demandé si mes ordinateurs avaient donc bien un bouton pour supprimer le diable Facebook… Mais nous rencontrons aussi des gens plus progressistes qui nous appellent directement pour qu’on vienne installer le système dans leur service.

Comment l’association s’est-elle construite ?

En tant qu’ancien directeur général adjoint chez Microsoft, je lançais à l’époque des opérations de mécénats et de responsabilité sociale des entreprises. Un jour à Necker, j’ai rencontré des personnels qui voulaient des “ordinateurs communicants” [entre eux, NDLR]. Nous étions en 2002 et l’hôpital n’avait alors ni wi-fi ni ordinateur performant ou portable. Avec quelques ingénieurs, on a essayé d’imaginer ce qu’on pourrait faire pour équiper un hôpital et que les enfants disposent d’ordinateurs communicants d’une chambre à l’autre. À l’époque moins d’un tiers des ordinateurs pouvaient se connecter à Internet. Aujourd’hui 92% des familles qui ont des enfants ont un ordinateur chez eux. Et si pour eux, le plus important c’était que les enfants communiquent d’une chambre à l’autre, nous pensions déjà à la communication avec l’extérieur. J’ai demandé à Microsoft. de m’aider pour les fonds. Non seulement nous avons pu démarrer l’activité de l’association mais ils ont aussi fourni des locaux, avec des stagiaires et chefs de projets. Docteur Souris était né et les équipes n’avaient plus qu’à aller chercher de l’aide, notamment auprès d’Hewlett-Packard et des Pièces Jaunes.

Tout se déroulait bien donc ?

Oui même si les choses ont commencé à se bloquer : à l’époque, nous installions aussi les réseaux wi-fi dont nous gérions la maintenance. Le tout nous coûtant beaucoup. Dans un hôpital, les services sont déplacés à droite et à gauche, ce qui occasionne déjà un coût de changement et les entreprises habilitées à travailler dans un hôpital ne viennent pas n’importe quand déplacer un câble. Nous avons alors repensé notre modèle en développant un système qui permettait d’utiliser la bande passante de l’hôpital. Il fallait convaincre le DSI et compte tenu de la petite taille de notre association c’était un vrai pari.

Ce qui vous a permis de relancer le programme ?

Oui et en même temps, Casino avait décidé de lancer une fondation et a proposé à tout son personnel de choisir une association parmi six qui bénéficierait de la Fondation. Docteur Souris a gagné et a reçu 100.000 euros pour équiper trois hôpitaux. Mais nous voulions aussi travailler avec les magasins alors j’ai rencontré les directeurs des hypers. Dans chaque région, nous avons monté des opérations de vente de produits partages qui nous ont amené des financements et la possibilité de faire les plus grands des projets ! À Marseille, nous leur avons dit que nous pouvions faire marcher 200 ordinateurs dans le même bâtiment ! C’est le coup de pouce qu’il nous fallait. 

Et quels sont vos différents partenaires ?

Nous n’avons pas de financements publics – trop complexes à obtenir – mais des financements d’entreprises. Ma démarche est celle d’un industriel qui essaie de faire avancer les choses. Microsoft – que j’ai quitté en 2006 – nous aide sur le concept technique et Casino permet de démultiplier les moyens humains : leurs vendeurs proposent des roses et expliquent nos opérations. Non seulement ça nous donne une certaine visibilité mais ça nous a permis de développer notre système. Clear Channel nous a aussi offert une campagne de communication à Montpellier : un mois d’affichage sur les tramways de la ville au moment où nous avons équipé tous les enfants hospitalisés dans les hôpitaux publics de Montpellier. Nous travaillons aussi avec Universalis et Edumédia pour les contenus des écoles et grâce auxquels les enseignants peuvent composer leurs cours. Avec un accès gratuit pour les enfants ! Nous avons également un système de films en streaming qui repose sur des partenariats, notamment avec deux sociétés de production dont une qui vient de nous confier une cinquantaine d’heures de dessins animés. Un accès pour les 7 hôpitaux équipés et les 575 ordinateurs installés.

D’où viennent ces ordinateurs ?

De grandes entreprises nous donnent leur matériel : ils achètent de la qualité et ils l’entretiennent bien. KPMG nous en a par exemple donné 400. Nous les confions aux chantiers d’insertion des Restos du coeur de Vendée pour qu’ils les nettoient, les restaurent et nous les réinjectons ensuite dans la production de Docteur Souris. Nous donnons du travail et nous servons de tremplin ! D’autant que le matériel est banalisé : qu’il tombe, se casse ou soit volé, peu importe. Le personnel hospitalier n’est pas responsable du matériel, les parents non plus. Nous pouvons le donner à un enfant de cinq ans en disant que ce n’est pas grave s’il tombe. J’ai souvenir de parents affolés parce que leur gamin avait fait tomber l’ordinateur. Je les ai rassurés et lui en ai donné un autre ! Notre fierté c’est de faire fonctionner une mécanique industrielle grâce à des gens qui étaient au chômage, tout en permettant de dé-responsabiliser les parents.

Votre équipe oeuvre donc à équiper les enfants en faisant le relais entre l’idée elle-même et les personnels hospitaliers référents. Comment travaillez-vous avec votre équipe et les personnels soignants ?

Nous avons 12 étudiants rémunérés qui travaillent avec nous et deux salariés, tous deux anciens stagiaires de SupInfo avec qui nous avons une convention : les contrats sont sur l’année scolaire ou pour les vacances. Chaque stagiaire passe une journée dans un hôpital et leur stage fait partie du système de notation de l’école. Nous recevons beaucoup de demandes d’étudiants ! Ils sont chargés faire comprendre le système à chaque référent parmi les personnels hospitaliers pour qu’ils puissent définir le profil d’accès de l’enfant à Internet et de réapprovisionner les stocks d’ordinateurs. Nous organisons la mise en place pendant quelques jours et avons des référents dans chaque service. Nous n’allons pas voir les enfants, même si nous allons parfois à leur rencontre, mais nous nous adressons aux professionnels de l’hôpital. Et avec le temps nous faisons partie des meubles.

La grande réussite de l’équipe cette année : l’IHOP à Lyon a équipé toutes ses chambres. Dans d’autres hôpitaux ce sont souvent des salles ou une sacoche que le référent amène jusqu’aux chambres parce que c’est l’hôpital qui décide la façon dont les ordinateurs font être utilisés avec les enfants, notamment parce qu’après chaque décision, c’est toute l’organisation qui doit suivre. Et tout doit être calé, y compris dans les chambres stériles et sur la façon de gérer les relations entre les enfants et ados. Avant, quand les enfants se parlaient ou se rencontraient, c’était dans le couloir ou la salle d’attente, aujourd’hui ça ne se voit plus et il faut savoir gérer ça.

Et pour la suite ?

Il y a encore beaucoup de choses à faire, nous n’avons pas fait dix pourcent encore. Et nous sommes prêts à continuer. Notre problématique, c’est de trouver des financements et de développer la communication, de valoriser notre savoir faire en apportant à des adultes ce qu’on apporte à des enfants. Nous avons par exemple imaginé du wi-fi patient-solidaire qui permet de financer l’équipement des enfants – qui coûterait en moyenne un euro par jour – par des adultes hospitalisés en même temps. L’idée c’est qu’il faut nous imaginer comme une marche d’escalier qui permet de faire un saut aux enfants, entre rien et leur famille, leurs amis et leur maison. C’est ça la beauté de l’accès à Internet, ils vont regarder ce qui les intéresse, ils vont faire un jeu, ils vont discuter avec leurs instituteurs. C’est la vraie vie. Pour des ados, communiquer avec les copains à dix heures du soir c’est important. Et les hôpitaux, avant qu’ils ne développent des services nouveaux, il faut les aider.

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