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Un quartier numérique ? Oui, mais pas que...

13 mai 2013

Alors que l’Ile-de-France fait face à une métropolisation rampante, à un urbanisme déséquilibré et décousu, à des écartèlements logement-travail devenus insoutenables pour beaucoup, un nombre croissant de travailleurs réagit. Ils tirent leur épingle du jeu en déployant des stratégies d’évitement des congestions et bousculent ce faisant beaucoup de choses.

Ils mobilisent le numérique pour développer des agilités spatiales, temporelles, relationnelles et cognitives et redistribuent une charpente du quotidien qu’on croyait immuable. Cela a donc beaucoup à voir avec l’évolution du travail. Tandis que les « indépendants » se taillent une part croissante dans les formes statutaires du travail, les salariés en général s’affranchissent progressivement des carcans « métro-boulot-dodo » d’un mode industriel du travail.

Ce « travail diffus » remet en chantier le concept de « siège » du travail (entendu comme référent unique de lieu, d’organisation et d’autorité). L’efficience de la production repose dès lors sur une logique de réseau. L’entreprise résistera difficilement aux promesses de productivité de ce travail centrifuge. Et, in fine, cette autonomisation des pratiques conduit à repenser l’agencement et la localisation des fonctionnalités urbaines, de toutes les fonctions. Bref, il s’agit d’enfin penser une métropole dont on hérite sans jamais l’avoir dessinée.

Mais concilier le travail et les autres activités du quotidien, le proche et le lointain, l’itinéraire et les proximités, les mobilités physiques et numériques reposent la question des accessibilités aux ressources urbaines et du maillage des hubs du territoire.

Dans les grandes agglomérations du monde, des lieux collectifs du travail naissent spontanément. Surprise par leur avènement, la municipalité de Copenhague a lancé une enquête pour repérer ces « tiers-lieux », ces espaces échappant à toute organisation publique. Leur dominante « sociale » (entendre « réseaux sociaux » et au-delà un autre écosystème relationnel) condamne a priori les approches purement fonctionnelles, telles que les déploient des opérateurs de centres d’affaires; la simple relocalisation du travail n’est pas la réponse.

Cela n’exclut en rien la formulation de modèles d’affaires, mais oblige à plus de créativité ! A penser par exemple le bouquet de fonctions que ces escales pourraient héberger. Enfin, il manque à ces démarches d’être réfléchies dans leurs perspectives urbanistiques et territoriales pour mesurer les impacts sur le logement et la ville. C’est une question de politique publique au moment où le logement est en panne; panne de pensée, d’intégration urbaine comme de financement.

Entre temps l’urbanisme fonctionnel – qui a fondé l’architecture de la ville pendant un siècle –, s’est effondré. Comment un quartier numérique et des gens agiles vont-ils s’affranchir de ce modèle et en inventer un autre ?

L’intégration du tiers-lieu dans une trame territoriale de hubs serait sans doute un moyen d’accompagner la rupture. Encore faut-il que l’architecture du territoire soit en phase avec l’architecture du quotidien de ses habitants et qu’elle reflète les désirs urbains de cette génération, singulièrement tournée vers le monde des idées, de la création, des échanges pair-à-pair.

Dans l’espace réticulaire, la valeur quitte les réseaux au bénéfice d’innombrables dialogues et échanges qu’il permet; le travailleur n’a pas seulement besoin du cloud, et des équipements et fonctions du numérique; il repose sur une communauté de pairs, amorce d’une autre urbanité qui mêle aux échanges du travail ceux des autres activités du quotidien; il se nourrit d’un quotidien à distance et d’une sociabilité diffuse. Autant de composantes qu’urbanistes et politiques n’ont jamais mobilisées. L’incarnation du tiers-lieu offre une excellente occasion.

L’enjeu est donc de mettre en pratique un territoire qui cesse de se penser en silos fonctionnels pour hybrider des valeurs de proximité, de subsidiarité et d’urbanité. A ce titre, l’idée d’une trame de hubs, d’un réseau de tiers-lieux, métissant le travail, la crèche, la consigne (pour les commandes à distance), l’échange local, que sais-je encore, a de forts retentissements sociaux et économiques et s’inscrit dans le sens d’une histoire qui s’écrit, là, sous nos yeux. Elle impose que la métropole inverse sa logique centrifuge et radioconcentrique au bénéfice d’une mosaïque de voisinages, de quartiers, de cités et d’intercommunalités.

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