Vers un téléspectacteur ?

27 février 2013

Dans son passionnant Se distraire à en mourir, le théoricien des médias américain Neil Postman n’est pas tendre avec la télévision. Selon lui, tout y est mis en scène pour nous séduire et nous faire oublier l’essentiel : la majorité des infos que ce média diffuse n’ont aucune utilité, aucune valeur autre que le divertissement.

Here comes a new challenger

Or, si le petit écran nous apporte du divertissement sur un plateau-télé, Internet nous permet d’aller le chercher à notre guise. Les possibilités de (bien) s’informer sont pléthoriques sur le Net, mais le réseau propose aussi des machines de guerre de la distraction : Angry Birds, les lolcats, les photos Instagram de cheeseburgers… Rep a sa inspecteur Derrick.

Voici donc la télé face à un sérieux concurrent. La voilà contrainte de se connecter elle aussi, pour faire une place à l’utilisateur et lui donner la possibilité de choisir – révolution métaphysique plus grande encore que l’invention de la télécommande. VoD, Social TV, Catch up, Second Screen etc., c’est le printemps des concepts, qui exigent du téléspectateur un rôle de plus en plus actif.

Temps de cerveau

On peut discuter le point de vue de Postman, mais reconnaissons que l’intérêt principal de la télé est de pouvoir se vautrer devant. Son modèle économique repose sur sa capacité à capter notre attention sans nous obliger à trop réfléchir – à rendre notre cerveau disponible, diraient certains. Cyniquement : réveiller un téléspectateur qui dort, c’est risquer de le voir éteindre son poste.

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